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Lecteur 2.0, je te propose un nouveau jeu. Ici on arrête de se réfugier derrière des nouveaux termes débiles importés en contrebande et dont je suis moi-même une pauvre victime. Ici on arrête de se lamenter sur la retraite de Lenoir ou de se pignoler sur le niveau de la reformation (déformation plutôt) des La’s. Il y a tellement mieux à faire dans la vie. Pour clore cette affaire de terminologie, le jeune homme dont il est question ici a été affilié au courant dit witch house, nommé ainsi à cause de junkies dépressifs (Salem) et de sorcières en bois (Zola Jesus, LA Vampires, Esben & the Witch…) Pour le reste, tous les petits électroniciens souffreteux apparus aux US au même moment (2009/2010) et qui ne recouraient pas à des rythmiques balearic ont été collés dans ce panier de crabes accueillant comme une communion chez la famille Adams.

Tout ceci serait risible si cela faisait l’affaire des artistes. Oui mais non car derrière les effets de mode, oOoOO, White Ring ou Balam Acab (les meilleurs du lot) attendent toujours qu’on leur donne leurs cadeaux d’Halloween. Derrière Balam Acab, du nom d’un dieu maya qui provoqua des arcs-en-ciel en décochant des flèches dans les nuages, se cache Alec Koone. Ce vingtenaire originaire d’Ithaca dans l’état de New York, a été étudiant en Pennsylvanie (et non en Transylvanie, ho ho), auteur fin 2009 d’un magnifique EP 5 titres (See Birds) qui doit finalement plus au dub blanc et aux collages psyché d’Animal Collective qu’à la dark-wave.

En cette fin août, il publie Wander / Wonder, son premier vrai album, toujours sur le label de Brooklyn Tri Angle (Clams Casino, oOoOO, How To Dress Well, Holy Other…). Et c’est indéniablement un des chocs de l’année, un disque envoutant avec ses voix ensorcelantes et ses atmosphères baroques qui vous enlacent dès le Welcome d’ouverture.

Avec Wander / Wonder, Balam Acab réussit le tour de force de concilier les quatre éléments comme personne : terre, eau, feu et air, avec une grâce inattendue pour son jeune âge, retenant la leçon du dubstep britannique pour l’emmener faire une sieste dans les sous-bois. Les voix sont trafiquées, l’influence du R&B est digérée au milieu de l’ambient, de la pop et de la musique contemporaine. C’est classique, c’est moderne, c’est blanc, c’est noir, c’est coloré, c’est aveuglant comme un rayon de soleil qui perce entre les arbres d’une clairière. Comme quoi il n’y a pas que le noir dans la vie.

Certains appelleront ça de la witch house car c’est sûrement pas lui qu’on contactera pour la BO du prochain Dany Boon. On appellera ça juste de l’électronique au ralenti, à l’origine conçue pour accueillir des rimes hip-hop qui ne viennent pas, qui ne viendront jamais. Clams Casino, c’est Mike Volpe, étudiant en thérapie et producteur américain de 24 balais originaire du New Jersey. On lui doit les nappes évaporées pour le rappeur anglais Lil B et des productions aux beats lourds comme des Panzer pour Soulja Boy (All I Need) ou Havoc, rappeur du duo new-yorkais Mobb Deep. Ancien batteur et bassiste, il aime RZA et Black Dice, le hip-hop tortueux et le noise rock.

A signer sur le label Tri Angle, terre d’accueil du gratin witch house (Balam Acab, oOoOO), il brouillait forcément les pistes. Son Instrumental Mixtape sauvagement mise en ligne en mars dernier démontrait une richesse dans les recherches et une aptitude aux contrastes sonores sans égal. Il sample à tout va et se dit passionné de voix féminines comme Adele ou Björk. Pour le I’m God produit pour Lil B, il embarquait celle d’Imogen Heap de Just For Now. Son premier EP 5 titres baptisé Rainforest est effectivement un étrange voyage en forêt sous la pluie, à l’atmosphère grise et lourde, plus proche de Shackleton ou Boards of Canada que des Neptunes. Le Natural d’ouverture donne l’impression des Cocteau Twins venus au hip-hop à grands coupe de guns sur la tempe. Dany Boon non, mais pas impossible qu’on l’appelle pour un prochain Blair Witch Project.

DOWNLOAD GRATUIT : INSTRUMENTAL MIXTAPE

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