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Réconcilier le dark folk expérimental de Coil, la dance urbaine british des années 2020, la witch house des suburbs américaines et les musiques ethniques n’était à priori pas prévu au programme de cette rentrée scolaire. Water Borders, l’a pourtant fait. Leur truc, c’est le foutoir incommensurable d’un gardien du musée de la musique qui aurait tout laissé partir en sucette. On y croise les genres et les époques dérangés en dépit du bon sens pour un résultat ahurissant.

A l’écoute de leur premier album, Harbored Mantras, on ne sait toujours pas s’il faut se lever pour danser ou s’agenouiller pour se recueillir devant tant de grâce. Mieux vaut donc faire les deux. Amitai Heller et Loric Sih s’étaient fait connaitre avec deux maxis dont sont extraits ces titres, Akko et Rome, une collaboration avec la chanteuse Glasser.

C’est le label indépendant new-yorkais Tri Angle, auteur d’un véritable sans-faute ces deux dernières années (oOoOO, Balam Acab, How To Dress Well, Clams Casino…), qui a finalement signé ce duo prometteur et publie leur album aux neuf morceaux moins dansants, toujours plus introspectifs. Son écoute s’apparente à une initiation à des rites occultes, on a l’impression de croiser les Virgin Prunes prenant du MDMA avec Goldie pendant une rave organisée par Throbbing Gristle. Des sirènes viennent vous envoûter pour vous retenir prisonnier dans une chambre d’échos, des basses se déploient comme les ailes d’un A380.

C’est beau, magique, surprenant, parfois déroutant. Pour mieux comprendre ce qui grouille dans leurs cerveaux agités, rien de tel qu’un mix où l’on peut mesurer l’étendue des dégâts, l’étendue des deux gars :  la library music de Demdike Stare y côtoie la disco primitive de Patrick Cowley, l’intimité de James Blake se prend les années 80 du trop méconnu Cindytalk dans la face avec comme témoins les copines Glasser et Zola Jesus. Leur bio cite même en vrac le gamelan, la proto techno, Scott Walker, les tambours africains, le dub et Popul Vuh. Un univers est né et sa musique pourrait s’apparenter à tout mais finit par ressembler à rien. C’est pas cette année que Amitai Heller et Loric Sih copieront sur l’épaule de leurs voisins. C’est pas non plus cette année que d’autres parviendront à une recette aussi géniale en voulant cuisiner avec autant de saveurs lointaines.

Love is a Hate Crime Mix

Patrick Cowley & Jorge Socarras – Robot Children
Demdike Stare – Haxan Dub
Blessure Grave – City Lights
DJ Elmoe – Whea Yo Ghost At
Glasser – Apply
Threshold House Boys Choir – Be Happy
Cindytalk – It’s Luxury
James Blake – The Bells Sketch
Balam Acab – See Birds
Doc Daneeka – Drums in the Deep
Basic Soul Unit – Jak’d Freq (A Made Up Sound Puur Natuur Mix)
Water Borders – Akko (Petals Remix)
Bookworms – African Rhythms
Jack Sparrow – Terminal
Zola Jesus – Stridulum
Water Borders – First Time Ever Refix

Love is a Hate Crime Mix : téléchargement gratuit

Lecteur 2.0, je te propose un nouveau jeu. Ici on arrête de se réfugier derrière des nouveaux termes débiles importés en contrebande et dont je suis moi-même une pauvre victime. Ici on arrête de se lamenter sur la retraite de Lenoir ou de se pignoler sur le niveau de la reformation (déformation plutôt) des La’s. Il y a tellement mieux à faire dans la vie. Pour clore cette affaire de terminologie, le jeune homme dont il est question ici a été affilié au courant dit witch house, nommé ainsi à cause de junkies dépressifs (Salem) et de sorcières en bois (Zola Jesus, LA Vampires, Esben & the Witch…) Pour le reste, tous les petits électroniciens souffreteux apparus aux US au même moment (2009/2010) et qui ne recouraient pas à des rythmiques balearic ont été collés dans ce panier de crabes accueillant comme une communion chez la famille Adams.

Tout ceci serait risible si cela faisait l’affaire des artistes. Oui mais non car derrière les effets de mode, oOoOO, White Ring ou Balam Acab (les meilleurs du lot) attendent toujours qu’on leur donne leurs cadeaux d’Halloween. Derrière Balam Acab, du nom d’un dieu maya qui provoqua des arcs-en-ciel en décochant des flèches dans les nuages, se cache Alec Koone. Ce vingtenaire originaire d’Ithaca dans l’état de New York, a été étudiant en Pennsylvanie (et non en Transylvanie, ho ho), auteur fin 2009 d’un magnifique EP 5 titres (See Birds) qui doit finalement plus au dub blanc et aux collages psyché d’Animal Collective qu’à la dark-wave.

En cette fin août, il publie Wander / Wonder, son premier vrai album, toujours sur le label de Brooklyn Tri Angle (Clams Casino, oOoOO, How To Dress Well, Holy Other…). Et c’est indéniablement un des chocs de l’année, un disque envoutant avec ses voix ensorcelantes et ses atmosphères baroques qui vous enlacent dès le Welcome d’ouverture.

Avec Wander / Wonder, Balam Acab réussit le tour de force de concilier les quatre éléments comme personne : terre, eau, feu et air, avec une grâce inattendue pour son jeune âge, retenant la leçon du dubstep britannique pour l’emmener faire une sieste dans les sous-bois. Les voix sont trafiquées, l’influence du R&B est digérée au milieu de l’ambient, de la pop et de la musique contemporaine. C’est classique, c’est moderne, c’est blanc, c’est noir, c’est coloré, c’est aveuglant comme un rayon de soleil qui perce entre les arbres d’une clairière. Comme quoi il n’y a pas que le noir dans la vie.

Certains appelleront ça de la witch house car c’est sûrement pas lui qu’on contactera pour la BO du prochain Dany Boon. On appellera ça juste de l’électronique au ralenti, à l’origine conçue pour accueillir des rimes hip-hop qui ne viennent pas, qui ne viendront jamais. Clams Casino, c’est Mike Volpe, étudiant en thérapie et producteur américain de 24 balais originaire du New Jersey. On lui doit les nappes évaporées pour le rappeur anglais Lil B et des productions aux beats lourds comme des Panzer pour Soulja Boy (All I Need) ou Havoc, rappeur du duo new-yorkais Mobb Deep. Ancien batteur et bassiste, il aime RZA et Black Dice, le hip-hop tortueux et le noise rock.

A signer sur le label Tri Angle, terre d’accueil du gratin witch house (Balam Acab, oOoOO), il brouillait forcément les pistes. Son Instrumental Mixtape sauvagement mise en ligne en mars dernier démontrait une richesse dans les recherches et une aptitude aux contrastes sonores sans égal. Il sample à tout va et se dit passionné de voix féminines comme Adele ou Björk. Pour le I’m God produit pour Lil B, il embarquait celle d’Imogen Heap de Just For Now. Son premier EP 5 titres baptisé Rainforest est effectivement un étrange voyage en forêt sous la pluie, à l’atmosphère grise et lourde, plus proche de Shackleton ou Boards of Canada que des Neptunes. Le Natural d’ouverture donne l’impression des Cocteau Twins venus au hip-hop à grands coupe de guns sur la tempe. Dany Boon non, mais pas impossible qu’on l’appelle pour un prochain Blair Witch Project.

DOWNLOAD GRATUIT : INSTRUMENTAL MIXTAPE

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