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Qu’on s’entende bien : Lionel Williams n’est encore qu’un enfant. Né le 4 mars 1990 à Hollywood, il vit en Californie où sa bouille trahit de toute façon son statut actuel : étudiant, au California Institute of the Arts. Il a beau s’affubler du prénom Vinyl quand il empoigne sa guitare et fout des coups de latte à ses pédales d’effets, sa musique vit bien à l’ère du numérique et de l’ordinateur. Pourtant, dès l’âge de six ans, ce sont les pastels et l’acrylique qui n’ont plus de secrets pour lui et il commence à peindre ses premières œuvres. A huit ans il vend son premier tableau. A dix, il arrête pour se consacrer à la musique.

A quinze ans, il reprend ses affaires artistiques en main et se lance dans les collages qu’il va produire (à voir sur son Tumblr) en parallèle d’une carrière musicale toute aussi précoce et prolifique. Pour faire connaissance avec le gamin, Gold, long morceau hypnotique de 2010.

Sa courte carrière a été tellement riche qu’il m’a été impossible de donner un numéro à l’album que Vinyl Williams a sorti au mois d’août, l’ahurissant Lemniscate, énième étape d’une longue série bavarde et passionnante. Ce disque est lui-même un subtil empilement de strates expérimentales influencé par le psychédélisme, le krautrock, le shoegazing et la dream pop en même temps.

Expérimental mais accessible, Lemniscate fascine par sa voix légère et aérienne qui rappelle étonnament les grandes heures de la pop new-wave des années 80 à la Billy McKenzie (Associates), Blue Nile et autres Talk Talk, qui ont contribué à aider la musique de passer de l’avion cargo au planeur. Là où le genre est souvent plombé par les ambiances gothiques ou claustrophobes, Williams préfère l’ouverture et les voyages comme l’indiquent certains titres : Tokyo>Sumatra, Higher Worlds, Stellarscope, Inner Scape… Pour couronner le tout, le jeune Willlams vend son Lemniscate pour une poignée de dollars sur sa page Bandcamp… où il le propose aussi en version 9 titres en téléchargement gratuit. Trop sympas les jeunes d’aujourd’hui.

Le hasard fait parfois ressurgir des fantômes dont on ignorait jusqu’à l’existence. Grâce à Now Again, émanation du label hip-hop américain Stones Throw dédiée aux disques funk et psyché de tous âges, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas ce qu’il se passait en Iran dans les années 70. Quand le Shah est éjecté du pouvoir en 1979, et sans golden parachute s’il vous plait, la guitare électrique est elle aussi jugée indésirable. Né en 1946, Kourosh Yaghmaei la manie comme un grand depuis l’âge de 15 ans. Tout petit, il avait appris le santour, instrument sur lequel il maitrise vite les chansons traditionnelles iraniennes.

Mais l’appel du rock anglo-saxon est trop fort et Kourosh se laisse pousser les cheveux ainsi que la ‘stache. Son quintet, The Raptures, se veut un équivalent des pop surfers dans le vent façon Ventures, Beatles et autres Monkees qu’il vénère. Le groupe dont il est le leader, chanteur et guitariste, se procure ses instruments via l’Europe et Kourosh alors étudiant, écrit son premier single, le magnifique Gole Yakh (« doux printemps »).

En 1979, sa voix est interdite et le sera durant 17 ans dans son pays. Il vit alors de la réalisation de livres et de cassettes pour enfants, ainsi que d’albums instrumentaux. Cet autodidacte de la musique aura ensuite enfin le droit de sortir des disques solo et ce n’est qu’en 2004 que son visage peut enfin apparaitre sur une pochette. Kourosh raconte son histoire bien mieux que moi dans le formidable livret de l’indispensable double compilation Back From The Brink, joliment sous-titrée : Pre-Revolution Psychedelic Rock From Iran: 1973-1979 qui sortira fin août. Merci d’en acheter un peu plus que du dernier Beyoncé, cet homme formidable le mérite.

Le gros avantage à écouter du rock en 2011, c’est qu’on n’écoute pas que du rock. Ruban Nielson, le génie derrière le mystérieux Unknown Mortal Orchestra est un natif de Nouvelle-Zélande installé à Portland, Oregon. S’il cite en vrac Captain Beefheart, Sly Stone et RZA du Wu-Tang, c’est pour bien montrer que sa pop fumeuse expérimente, chauffe, brasse et renouvelle les énergies comme nulle autre. On aurait pu ajouter Syd Barrett, Gang of Four ou les Kinks, tout le monde n’y aurait vu que du feu et c’est bien là l’essentiel : son disque tout bêtement intitulé Unknown Mortal Orchestra avec une pochette futuristico bucolique se consume comme un feu de joie qui crépite et réchauffe jusqu’à la dernière braise.


Son histoire a pourtant presque débuté comme une blague. Un premier morceau publié sur Bandcamp (Ffunny Ffrends) avec un nom trouvé en catastrophe, des téléchargements qui s’emballent, et voilà notre oiseau pris au piège, bien obligé de lancer sa carrière solo après s’être affranchi de son groupe, les Mint Chicks. Des concerts cette année dont SXSW et une tournée en première partie de Portugal the Man. Un premier EP dont on retrouve les quatre morceaux sur l’album. Et voilà ce cousin brun de Connan Mockasin, autre kiwi allumé parti à la conquête du monde, qui déroule sur son premier album une pop lo-fi et singulière qui lui ouvre grand les bras de la famille d’Ariel Pink. Paru ce mois-ci chez Fat Possum, ce disque est à son image : weird sans être noise, pop tout en étant funk, hip-hop compatible blanc bec, psyché mais pas drogué. La France s’excusera-t-elle un jour des ravages causés par ses essais nucléaires autour de la Nouvelle-Zélande ?

 

 


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