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Tu aimes la soul, la techno de Detroit, la house qui défile imperturbablement comme la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute ? J’ai pile ce qu’il te faut. Alex « Omar » Smith est probablement le dernier rejeton d’une illustre lignée de producteurs à sortir des chaînes de montage de la Motor City. Mais sûrement aussi le moins connu car l’anonymat semble bien lui aller.

La musique que produit Omar S est aussi sexy que crade, aussi moite que cybernétique. Il a grandi aux côtés des groovy Slum Village ou Amp Fiddler mais reste résolument accro à la techno. Après un premier album remarquable paru en 2005, Just Ask The Lonely, il a donné très peu de nouvelles en dehors d’un album de mix en 2009 pour l’impeccable série Fabric éditée par le club londonien du même nom. Cet été vient enfin de paraitre son deuxième album, It Can Be Done But Only I Can Do It, toujours sur son propre label FXHE Records, dont le site demeure le meilleur moyen de se procurer ses obscures productions.

Omar S marque le corps et les esprits par une approche froide, fascinante, répétitive mais jamais futuriste, plutôt intemporelle et clairement dans la lignée de son ami Theo Parrish ou de Carl Craig, la référence incontournable. Deep et intense, moody et technologique, Omar S réconcilie l’orgue Rhodes et l’ordinateur, la house et les robots. Cadeau bonus de chez bonus, notre bon Omar a mis en ligne avant la sortie de son nouvel album un EP 5 titres qui se télécharge ici gratuitement : Scionav.com

Allez Omar, sans rancune, on t’attend même sans ton pote Fred. Mais promis cette fois, tu nous donnes des nouvelles avant 2022 du Service Après Vente des usines techno de Detroit. Là bas on connait plus grand monde, alors on compte sur toi, vieux.

Parfois il arrive qu’une reprise dépasse un original. C’est rare. Dans le cas présent, on n’ira même pas jusque-là tant les différences entre les deux versions empêchent tout test comparatif de mon laboratoire qui fourmille pourtant d’étoiles à remettre. Une chose est certaine, le chef d’œuvre de David Bowie a engendré l’an dernier cet incroyable morceau de tech house sensuelle et imparable chez James Teej, producteur canadien gossbo de 29 ans basé à Toronto. Space Oddity, quoi de mieux pour présenter cet explorateur déjà appelé aux plus hautes sphères des musiques électroniques ?

Mais tout ça c’est du passé et sert de présentation idéale à celui qui, en 15 ans de bons et techno services, a déjà une bonne brouette de maxis à son actif et un unique et magnifique album (Evening Harvest) paru en 2010 chez Rekids, le label de Radio Slave, référence en matière de techno minimale british. Un disque majestueux et osé de techno languide et dansante chantée dans la langue d’Obama. En ce mois de juillet, il revient avec cette petite bombe intitulée Night Wears Thin où sa voix indécente semble envelopper le micro d’une sensualité dégoulinante. Sa propre appellation « minimal soul » prend tout son sens, comme si ce morceau drapait l’organe moite de Terence Trent d’Arby dans la bande son d’un long trip pour Ibiza.

En bonus, un morceau encore et toujours de qualité, qui date cette fois de 2009 : Spending Life. Après les imparables Get Off The Phone, Anything Right ou Symmetry, James Teej prouve qu’il a le sens du titre. Ça tombe bien car moi aussi, du coup je lui remets la coupe du grand champion de la semaine de la tech house minimale. Et c’est pas rien.

Enfin dernier bonus car on est loin de Noël, un mix de l’automne 2009 intitulé Increments of Soul Pt III  A télécharger le plus gratuitement et légalement du monde. Alors elle est pas belle la vie avec la grande Teej ?

Il est signé The Model feat. My Favorite Robot et s’appelle Still in My Heart (Ivan Smagghe remix). Le gros avantage de ce morceau qui me fascine depuis une bonne semaine, c’est que je ne connais pas grand chose de ses auteurs. C’est juste un maxi qui décoiffe. Je serai donc bref dans cette histoire courte et pourtant à trois têtes. The Model, outre la pop song synthétique la plus parfaite de l’histoire signée Kraftwerk, est un producteur electro roumain. De son côté, My Favorite Robot n’a rien à voir avec Kraftwerk si ce n’est ce nom en clin d’œil à l’autre pop song synthétique la plus parfaite de l’histoire, The Robots. C’est un trio canadien qui produit des maxis techno tout à fait recommandables. Enfin, Ivan Smagghe est notre légende. Une légende, point final.

Dans son remix par le producteur français, Still in My Heart devient juste une monstrueuse ascension des cols de l’électronique pour une arrivée largement en tête du peleton, les neurones gavés d’EPO, entre tech minimale et house définitive. Le maxi sort sur le label londonien déjà mentionné récemment dans ces colonnes et qui revient en deuxième semaine. Inutile d’en dire plus aussi sur ce qui va finir par virer à l’obsession. Son nom est Crosstown Rebels, maison du Life Index de Maceo Plex, d’Art Department, de Jamie Jones… L’Angleterre redevient une place forte des musiques électroniques et c’est tant mieux. Il n’est pas exclu que son patron Damian Lazarus devienne le prochain boss du FMI mais cela n’est pas dans mes attributions de commenter une telle décision.

BNJMN appartient à cette nouvelle génération british de producteurs qui évoluent aux confins des familles house et UK garage. Au passage, pas besoin de tenter la télépathie avec Columbo pour comprendre que son pseudo plutôt galère pour Des Chiffres et des Lettres ressemble fort à un Benjamin grave à poil de voyelles.

 

 

Après un premier album, Plastic World, paru en début d’année chez les Bataves toujours impeccablement drogués de Rush Hour, son nouveau EP 141 sonne comme une bien belle déflagration qui trace sa voie entre la techno originelle de Detroit et la house groovy version Chicago, le tout dans un esprit bien ancré dans la house de son pays du début de la décennie 90, période durant laquelle le gamin a par ailleurs dû pousser ses premiers cris.

Quatre titres beaux comme des cathédrales et sapés comme des princes, que notre Benjamin Thomas nous a enveloppés de deux remixes : l’un de Lukid, l’autre signé Kelpe, autrefois auteur de beautés electronica sur le label DC Recordings, ici orfèvre en dorures sur le magnifique We Are The Weather d’ouverture. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

 

Deux décennies après les premiers étés de l’amour, la house music demeure toujours l’une des expériences sensorielles les plus délicieuses, y compris si on ne la vit qu’avec de l’amour de l’eau fraiche. L’Espagnol Eric Estornel alias Maceo Plex ne déroge pas à la règle avec son nouvel album Life Index qui parait sur le label londonien Crosstown Rebels – qui au passage va finir par atteindre la perfection (Damian Lazarus, Art Department, Pier Bucci ou Jamie Jones entre autres perles) si personne ne lui coupe l’électricité.

Plus chaleureux que sous son pseudo tech de Maetrik, Estornel retrouve une voix humaine et dangereusement sensuelle qu’il fait couler sur une dance ensoleillée, languide et sexy comme d’autres tournent des films érotiques à la plage. Ça s’écoute sans faim. Surtout, ça s’écoute sans fin : déjà un classique du genre et l’un des grands plaisirs même pas honteux de cette année.

Andy Stott produit sa musique électronique comme d’autres s’engagent dans l’humanitaire : peu de moyens mais une foi inébranlable doublée d’une générosité sans failles. Avec ça, on abat des montagnes. Sa musique à lui les construit. Plus précisément, son nouvel album Passed Me By élève une succession de sept longues dunes synthétiques qui finissent par se perdre à l’horizon. Entre house minimale et electro dub à la Berlinoise, ce vétéran méconnu de la scène techno british des années 2000 signe là une œuvre capitale du genre, grise et lumineuse à la fois, froide mais ethnique par endroits, abstraite et pourtant pleine d’humanité, l’un des plus beaux moments de musique électronique produits depuis longtemps.

Cette anti-dance organique semble propulsée par un coeur qui vibrerait depuis les entrailles de la terre pour lui injecter un sang d’encre. Il dresse ainsi un cousinage avec le sombre Londonien Shackleton dont on a encore en mémoire l’impressionnant set métallo-dubstepo-industriel du récent festival lyonnais Nuits Sonores.

Passed Me By, album hypnotique et aquatique, à l’image de ses infrabasses capables de forer des puits de pétrole. Il sort sur son propre label « Modern Love », clin d’œil sûrement appuyé au titre poppy de Bowie. Sans vouloir jouer les rabat-joies et quitte à rendre hommage au Thin White Duke, « Low » aurait un peu mieux fait l’affaire.

 

J’aime l’Italie. J’aime manger et boire italien. Chaque année je tente une incursion au-delà des Alpes pour revigorer mes cinq sens qui ont besoin de cet air fou et de cette mer claire pour se tenir en éveil. En dépit de son nom à donner envie de supporter la Juventus de Turin, Piemont est un duo formé de Frederic Möring-Sack et Christian Jonquieres, deux électroniciens de Hambourg qui ont déjà produit sous les noms de Phunklarique et Dejonka. A travers Piemont, ils explorent une techno sensuelle et minimale mais pas trop, à la langueur et la longueur totalement hypnotiques.

Leur nouveau maxi Sand Hills qui parait en ce mois de juin est truffé de six pépites remixées de façon indécente par des Chippendales de la techno comme Jay Haze, UNER ou Santé qui vous feraient presque déconseiller son écoute à des mineurs. Avec ce remix tout dégoulinant de leur Run Down, leur house sexy se teinte de percussions latines qui donnent envie de plonger en apnée dans la mer Tyrrhénienne pour mieux en remonter les yeux écarquillés, les poumons vides mais prêts à se gorger d’oxygène, les lèvres en demande de Montepulciano.

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