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Son nouvel album s’appelle Lifetime of Romance. A quelques lettres près, on tombait sur Systems of Romance, comme chez Ultravox. Le premier morceau démarre même comme le vieux tube de Visage, Fade to Grey. Pourtant, dès que Dylan Ettinger se met à chanter, ses vieux démons de l’expérimental lui resserrent le kiki. Voix écorchée, martiale et aigue, si on est dans les années 80, c’est plus dans l’electro industrielle rasée de près que dans la pop néo-romantique des garçons coiffeurs. Après de nombreuses cassettes et une poignée d’albums, Lifetime of Romance amorce bel et bien un virage pop bienvenu qui devrait enfin sortir notre nerd américain des voix impénétrables de l’underground américain.

C’est dans la jolie petite ville étudiante de Bloomington, Indiana, que vit Ettinger au milieu de tous ses synthés. Le jeune binoclard y produit de drôles de paysages lunaires où une pluie d’astéroïdes vont tombent vite sur la caboche. Hébergé par Not Not Fun Records (Peaking Lights, Maria Minerva, Pocahaunted, Holy Strays…), fantasque label indépendant de Los Angeles qui n’a pas peur de marier bizarreries électroniques et psychédélisme, Ettinger y cultive sa différence de façon prodigieusement radicale. Un jeune qui a repris le cultissime Being Boiled de The Human League sur son excellent single de 2011 Lion of Judah touche forcément au génie.

Sur Lifetime of Romance, Ettinger ne va pas rassurer la ménagère de plus de cinquante ans mais celle-ci lui confiera peut-être plus facilement les oreilles de sa fille. A l’image du premier extrait, Wintermute, l’album dégage en tout cas une singularité et une capacité d’envoutement rarement réunies sur une seule œuvre cette année.  Il est à la fois Vangelis et Kraftwerk à lui tout seul. L’une de ses grandes cassettes à écouter une fois que vous vous pencherez sur son œuvre s’appelle Interstellar Pleasures et franchement, j’aurais pas dit mieux. D’ailleurs, j’y retourne.

Qu’on s’entende bien : Lionel Williams n’est encore qu’un enfant. Né le 4 mars 1990 à Hollywood, il vit en Californie où sa bouille trahit de toute façon son statut actuel : étudiant, au California Institute of the Arts. Il a beau s’affubler du prénom Vinyl quand il empoigne sa guitare et fout des coups de latte à ses pédales d’effets, sa musique vit bien à l’ère du numérique et de l’ordinateur. Pourtant, dès l’âge de six ans, ce sont les pastels et l’acrylique qui n’ont plus de secrets pour lui et il commence à peindre ses premières œuvres. A huit ans il vend son premier tableau. A dix, il arrête pour se consacrer à la musique.

A quinze ans, il reprend ses affaires artistiques en main et se lance dans les collages qu’il va produire (à voir sur son Tumblr) en parallèle d’une carrière musicale toute aussi précoce et prolifique. Pour faire connaissance avec le gamin, Gold, long morceau hypnotique de 2010.

Sa courte carrière a été tellement riche qu’il m’a été impossible de donner un numéro à l’album que Vinyl Williams a sorti au mois d’août, l’ahurissant Lemniscate, énième étape d’une longue série bavarde et passionnante. Ce disque est lui-même un subtil empilement de strates expérimentales influencé par le psychédélisme, le krautrock, le shoegazing et la dream pop en même temps.

Expérimental mais accessible, Lemniscate fascine par sa voix légère et aérienne qui rappelle étonnament les grandes heures de la pop new-wave des années 80 à la Billy McKenzie (Associates), Blue Nile et autres Talk Talk, qui ont contribué à aider la musique de passer de l’avion cargo au planeur. Là où le genre est souvent plombé par les ambiances gothiques ou claustrophobes, Williams préfère l’ouverture et les voyages comme l’indiquent certains titres : Tokyo>Sumatra, Higher Worlds, Stellarscope, Inner Scape… Pour couronner le tout, le jeune Willlams vend son Lemniscate pour une poignée de dollars sur sa page Bandcamp… où il le propose aussi en version 9 titres en téléchargement gratuit. Trop sympas les jeunes d’aujourd’hui.

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