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Archives de Tag: Border Community

Hier soir jeudi, c’est après un concert un tantinet décevant de Totally Enormous Extinct Dinosaurs dont j’ai défendu le formidable premier album dans le numéro de juin des amis de Tsugi qu’il a fallu se rendre à l’évidence : la nuit ne pouvait s’arrêter là. Direction donc le festival ME.006 RENDEZ-VOUS qui se tient au Cabaret Sauvage jusqu’à dimanche 1er juillet. A l’affiche hier : Kate Wax, Fairmont, Nathan Fake et James Holden. L’énorme set de ce dernier, à la fois prenant, surprenant, et loin des clichés véhiculé par cette école electro anglaise dite progressive,  m’a rappelé à quel point j’aimais toujours son label, Border Community. Et qu’à cette soirée en manquait un représentant majeur : Luke Abbott.

Oui mais voilà, si le producteur du Norfolk sort ces jours-ci un nouveau EP 5 titres, c’est chez Notown, label de Gold Panda. Pourtant, ce Modern Driveway se serait tout autant accommodé d’une sortie chez ses amis tant son electro dansante reste fidèle à ses productions et dans la lignée de ses excellents maxis de 2011, Brazil et Trans Forest Alignment. Pas de révolution donc, juste une electro rêveuse et fantasque qui aurait pu nous emmener jusqu’au bout de la nuit. A part qu’au bout de cette nuit, nous y sommes de toute façon allés, et sans lui.

 

 

 

Bon Pitchfork vient d’en parler mais à la fois on s’en fout. Ce week-end j’avais autre chose à faire (dormir, ce genre de trucs) et Pitchfork, c’est en anglais. Tout ça pour en venir à John Talabot, dont l’album electro éclabousse du talent de son auteur et de sa beauté ce début février tout cold. John Talabot est un DJ et producteur house de Barcelone qui a sorti une poignée de maxis avant ce coup de maitre qui parait sur le label munichois Permanent Vacation que je pensais en retraite anticipée. Les puristes de la syntaxe ne m’en voudront pas si je ne cède pas aux coquetteries de la pochette en écrivant John/Talabot « John Talabot », et le nom de son album Fin au lieu de ƒIN.

Plus important, on se souvient de son nom derrière les remix de Find A Way de notre Joakim, du Shelter de The XX et de singles de Shit Robot et Tahiti 80. Ses débuts à lui remontent à 2009, avec les singles My Old School et surtout, Sunshine.

Avec Fin, Talabot a réussi un album de house qui ne sonne ni acid, ni rave, ni rétro, ni futuriste, ni rétro-futuriste – et encore moins nu-rave. Le gars a pris la chose là où quelques fainéants l’avaient laissée pour la propulser à sa sauce piquante dans une sphère fascinante, sans répétitions ni lourdeur, mais au contraire avec grâce et sens de la mélodie, comme chez ses amis londoniens de Border Community. On est loin de la deep au kilomètre, même si l’adjectif deep collerait parfaitement à Fin mais pour d’autres raisons. « Un nouveau Booka Shade ? » suggère de façon pas idiote du tout le quotidien The Guardian. Talabot rentre d’entrée dans la cour des très grands. Avec des minitubes, et un vrai album, ce qui n’est jamais gagné pour le genre. Et ça, c’est pas Pitchfork qui vous le dit.

Destiny feat. Pional

So will be now… (feat. Pional)

 

ET UN MIX TOUT CHAUD REALISE POUR FACT

A des années lumières de notre ère du tout-Twitter, la musique pouvait se vivre en toute intimité, sur son lit ou à la lueur d’un feu de bois. Nick Drake, Vashti Bunyan, Judee Sill ou Johnny Thunders ont ainsi gravé gravé des chefs d’œuvre intemporels avec des moyens réduits à leur strict minimum : un micro et six cordes tendues sur une caisse en bois. Pas besoin de taper sur des bambous, même si ce furent rarement des numéros uns, du moins de leur vivant. Kate Wax affiche la même solitude, le même caractère auto-centré, armée d’un ordinateur et d’un matériel qu’on imagine noyé dans une forêt de lianes de câbles.

Suissesse d’origine tibétaine, cette proche de la scène minimale teutonne revient le 7 décembre avec un deuxième album, Dust Collision, attendu depuis son Reflections of the Dark Heat de 2005 en dépit de trois compilations d’inédits et de nombreux remixes. Et surtout d’un enfant. Telle une Björk guérie de ses tics horripilants, Kate Wax construit un univers finalement pas si éloigné de l’electro goth de Fever Ray. Son arrivée sur le label londonien Border Community, spécialisé dans l’electro spatiale contemplative (James Holden qui a coproduit Dust Collision, Nathan Fake, The MFA, Luke Abbott…) n’a en tout cas en rien altéré les velléités dark de notre néo trentenaire.

 

 

Rien de bien planant dans ses giclées synthétiques pures et limpides surtout quand des éclairs frappent comme la foudre le petit cocon électronique qu’elle tente de tisser autour de sa voix. Sur Dancing In The Scalp, on croit se balader dans la même forêt que celle où se perdait The Cure voilà trente ans.

 

Si sa personnalité détonne moins dans un nouveau siècle qui a connu un effarant retour des mortes vivantes de la new cold-wave (de Fever Ray donc à Planningtorock en passant par Austra, The Knife, Class Actress, Glasser, St Vincent et autres Soap & Skin, toutes des voix souvent arty et pas toujours très chaudes), Kate Wax affiche une singularité et des mots entendus nulle part ailleurs, en particulier quand elle est prise de convulsions qui l’emmèneraient bien sur le dancefloor pour peu qu’une bonne âme l’aide à trouver la boule à facettes. Avec Dust Collision, l’hiver sera glacial sous les t-shirts sous les maillots.

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