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Archives Mensuelles: janvier 2012

Celui-là n’aurait pu avoir sa place ici que pour le plaisir de citer son nom. Pariah Carey. Je sais pas toi mais moi, j’adore. Derrière ce calembour se cache Jheri Evans, un jeune parmi tant d’autres de la bourgade de Wilmington. Wilmingquoi ? Wilmington, Caroline du Nord, bled paumé entre Charleston et Jacksonville. Rien à faire de ses après-midi à part s’exciter sur sa console de jeux, puis trainer à la boutique de disques locale, Gravity Records. Et revenir s’enfermer dans sa piaule pour débiter à la chaine des morceaux destinés à d’hypothétiques disques qui ne se vendront jamais.

Un premier EP début 2011, City of Ash. Un autre en octobre 2011 dont les titres samplent des musiques de jeux vidéo. Une cassette 2 titres nommée Haokah parce que les cassettes c’est cool, et s’inspirer des BO de science-fiction c’est übercool. Et puis 2012 et ce nouvel EP baptisé Rhizome, dont chaque titre sample un vieux sermon d’église. 5 titres joueurs emballés dans une pochette qui aurait pu être dessinée par les petits enfants des papys de Kraftwerk. Et les morceaux ? Parfaits pour illustrer la musique du bibliobus qui aurait circulé dans les rues du Los Angeles de Bladerunner. Passe quand tu veux à la maison petit, la PS2 sera toujours branchée pour toi.

Les 5 titres du Rhizome EP

Le Galactic Straw Destroyer mix  

Et deux anciens morceaux

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Drôle d’endroit pour une rencontre vous allez dire. Pas tant que ça car derrière le nom biscornu se cache une électronique plus simple qu’il n’y parait et qui n’a pas attendu le tunnel sous la Manche pour se mettre à l’Anglais et à l’Allemand, une électronique dont tous les accents sont familiers à la musique qui bourgeonne sur ce blog. Ce duo, c’est la réunion de Benjamin Damage, producteur gallois (O’Shea de son vrai nom) qui vit entre Londres et Berlin, et de Doc Daneeka, alias Mial Watkins, autre citoyen britannique porté sur les voyages.

Baladeuse et ouverte au monde, leur musique l’est tellement qu’elle rassemble dans un élan fédérateur acid house, techno, vocaux pop (un grand danke schön à la dénommée Abigail Wyles qui éclaire de sa voix quelques titres), dubstep à la sauce british et dub minimal à la Berlinoise. Cet éclectisme réconfortant et qui tombe à pic a séduit le duo Modeselektor qui les a signés en solo et en duo sur son label 50 Weapons au côté de quelques acteurs de poids (FaltyDL, Shed, Marcel Dettmann). Après le EP Creeper/Infamous, leur premier album They!Live concentre toutes leurs influences en 9 morceaux bien expédiés, entre brulures sur le dancefloor et baume apaisant, UK bien bass et lap très top,  fraicheur printanière et mélancolie automnale. Et si c’était l’album de ce mois de janvier ?

 

 

 

 

Je serai bref car je ne sais pas grand chose de lui. Si, il est danois, s’appelle Kenneth Werner, vient d’une ile paumée de la mer Baltique, et produit son electro sous le nom d’As If. Cette année, il sort sur le label belge U Cover son premier album joyeusement intitulé At Night, une nuit qu’on imagine de plusieurs mois tant son envoutant electro dub semble pris dans d’effarantes glaces, apensenti par d’épais brouillards. Rien de bien neuf mais la même magie qui opère dans cette famille née dans la calotte glaciaire de l’electro, de Moritz Von Oswald à Deepchord en passant par Pole :  celle du dub électronique à base d’ambient et de boucles à l’infini qui me fera toujours lever de ma chaise pour crier mon bonheur et mon admiration. Sur l’une des rares photos trouvées de lui, il arbore un t-shirt Unknown Pleasures de Joy Division. On ne sait que trop bien de ce qu’il advient de ces plaisirs inconnus dès lors qu’on cède à la tentation.

L’album As If en mode accéléré

SilentElevation #4

Black

Il fait froid, il fait gris, c’est la fête à la tristouille. Plutôt que de parler musique sur un blog, certains aux Etats-Unis préfèreront toujours se réfugier dans leur musique en solitaire. Et tant mieux pour tout le monde si certains ne sombrent pas dans la witch house ou la chillwave, à en croire la new-wave désincarnée produite par Arrange, jeune songwriter ascète qui embarque la pop neurasthénique de Postal Service sur les terres de l’ambient du label Kompakt. Malcolm Lacey vit pourtant en Floride mais son shoegazing de poche regarde plus ses sandales que le ciel bleu azur au-dessus des palmiers.

Bien que sa pop planante ne soit pas à certains moments exempte de quelques faiblesses presque adolescentes, Lacey fait preuve d’une finesse qui lui évite les couches et surcouches de peinture noire, et il utilise le piano à bon escient pour quelques moments majestueux. Avec son quatrième (!) album publié l’été dernier, Plantation, il séduit comme en leur temps Ulrich Schnauss, The Field ou The Sight Below, tous ces producteurs qui ont remplacé les touches noires et blanches de leur clavier par un gris dangereusement engourdissant.

 

 

 

 

 

En ce début 2012, l’infatigable Arrange vient de publier un EP 5 titres du nom de Five Years in the Sun. D’autres auraient appelé ça Seventeen Seconds en leur temps mais ça les regarde. Quant à pondre un disque de surf pop tropicale, Arrange laisse ça aux moussaillons des villes qui fantasment sur le sable chaud qu’ils ne verront pas avant des mois, et c’est tant mieux.

 

Ami jeune, la pop actuelle t’ennuie et tu as bien raison. Attends, je ne parle même pas de Lady Gaga. Non, juste des énièmes resucées réactionnaires et sans âme des Beach Boys, de Macca ou des Kinks que les Anglo-Saxons nous font subir depuis une vingtaine d’années et qui ont fini par se répandre un peu partout dans nos contrées civilisées. Je pourrais dresser une liste assez exhaustive de ce voyage au bout de l’ennui mais mieux vaut se focaliser ici sur l’essentiel, sur le positif. Sur ceux qui, sans prétendre la révolutionner (n’oublions pas le sort qu’on réserve aux révolutionnaires) prennent la pop pour ce qu’elle est – une musique à priori destinée au plus grand nombre – mais n’oublient pas de la plonger dans leur époque pour y puiser une force mélodique salvatrice. D’où Diagrams.  Diagrams, ce n’est pas de pénibles étudiants en math-rock option géométrie mais le groupe de Sam Genders, ex-chanteur compositeur des merveilleux Anglais folktronica de Tunng. Mais si, de Tunng tu connais forcément ça.

Ce projet solo offre bien entendu des similitudes avec son précédent groupe du fait de sa voix aussi immédiatement reconnaissable qu’attachante. Surtout, Diagrams lui ouvre des perspectives acquises à la force de l’electro lo-fi pas du tout incompatible avec ses ambitions, et d’un nouvel éveil au monde, comme si Broadcast, Gruff Rhys, James Blake et Sufjan Stevens ne faisaient plus qu’un. Après un unique EP l’an dernier, le premier album nommé Black Light voit Sam Genders baigner dans une source de jouvence en s’offrant des divagations vers le krautrock ou le jazz sans jamais oublier l’objectif premier de sa pop pour les masses. Ce n’est pas la révolution, juste le genre d’album qui émerveille à chaque découverte que cache un de ses virages. Et c’est déjà énorme. Bonne année au fait.

 

 

 

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