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Archives Mensuelles: novembre 2011

Heureusement qu’il reste les Nordiques pour adoucir nos mœurs. Le monde part en sucette mais eux continuent de nous émerveiller par les couettes musicales qu’ils s’évertuent à nous exporter. Ainsi Korallreven, projet parallèle de Daniel Tjäder, clavier des mélancoliques indie rockers de The Radio Dept., qui se révèle leur équivalent synthétique en matière de délicatesse. Rejoignant ainsi The Tough Alliance, jj, ceo ou Air France dans ce délicat bataillon de doux rêveurs suédois.


Accueillis par le label indépendant canadien Acephale, les deux proposent une electro pop macrobiotique inoffensive mais carrément charmante. Naïve diront certains sans que cela ait une connotation péjorative. Premier bon point histoire de rassurer les gens sérieux, leur album intelligemment intitulé An Album by Korallreven regorge de tubes, The Truest Faith en tête de liste. Ou Honey Mine et As Young As Yesterday pas loin derrière, tous deux chantés par Victoria Bergsman, sirène qui nous a maintes fois charmés avec ses Concretes et son projet Taken By Trees.

Le plus intéressant chez le duo, une qualité que partagent chez bon nombre de ses contemporains de la scène suédoise, demeure son aptitude à intégrer tous les ingrédients de la pop actuelle et passée, qu’ils surnagent de l’underground ou transpirent du R’n’B, du rap sudiste ou de la house baléarique, comme en témoigne cette mixtape à écouter en stream ou à télécharger gratuitement, qui embarque dans la Calpyso du commandant Cousteau prise par les glaces le fantôme du Velvet aux côtés d’une Britney relookée et d’une Ciara méconnaissable. Le monde occidental qui craque sous la douce mélancolie du viking tandis que la neige tombe sur Ibiza, heureusement que nous avons tenu jusqu’en 2011 pour vivre ça.


1. Korallreven Fall Asleep / Keep Your Eyes Shut
2. Ciara Deuces (Korallreven Version)
3. Britney Spears Till The World Ends (Korallreven Version)
4. Korallreven Ah Ah
5. Music of Samoa Ua Ao Popo Ua O Le Aso Ula (Korallreven Version)
6. The Velvet Underground Pale Blue Eyes (Korallreven Version)
7. This Is Head 0007 (A Remix By Korallreven)
8. Oni Ayhun OAR003-B (Korallreven Version)

Ils se sont mis à deux et ont trouvé la solution. A quoi ? Pas à la crise mondiale, non. Juste la solution pour étirer le dubstep sur une cinquantaine de minutes sans donner une crise de syncope à nos pauvres oreilles déjà bien malmenées. Eux, c’est Travis Stewart (Machinedrum) et Praveen Sharma (Braille, Praveen & Benoît), deux producteurs techno de Brooklyn réunis au sein du duo Sepalcure, déjà auteur de maxis généreux sur le label londonien Hotflush (Mount Kimbie…).

A défaut de résoudre la crise mondiale donc, ils prouvent que des négociations transatlantiques peuvent au moins aider à faire avancer un genre comme au bon vieux temps du rock’n’roll. En l’occurrence leur dubstep est un mélange de UK bass, de vocaux cheesy house, de dub futuriste et de roideur technoïde comme on la martelait sur les chaines de fabrication de Detroit. Tout a commencé l’an dernier avec un premier single prometteur tombé comme une Fleur.


Paradoxalement, les deux ont élevé le rythme sur leur premier album qui se révèle aussi brilliant que varié. D’ailleurs la DJette anglaise Mary Ann Hobbs les supporte comme un seul homme






Tout ça sonne comme un Burial courant à poil sur la plage pour se faire soigner ses coups de soleil : émouvant, chaleureux, varié, imaginatif. Reste juste à m’expliquer l’origine de ce nom étrange qui a au moins le mérite de se googliser de façon exemplaire. Ces deux gars ont vraiment tout compris à notre époque.

A télécharger gratos l’inédit I’m Alright, face B du single Pencil Pimp : I’M ALRIGHT

A des années lumières de notre ère du tout-Twitter, la musique pouvait se vivre en toute intimité, sur son lit ou à la lueur d’un feu de bois. Nick Drake, Vashti Bunyan, Judee Sill ou Johnny Thunders ont ainsi gravé gravé des chefs d’œuvre intemporels avec des moyens réduits à leur strict minimum : un micro et six cordes tendues sur une caisse en bois. Pas besoin de taper sur des bambous, même si ce furent rarement des numéros uns, du moins de leur vivant. Kate Wax affiche la même solitude, le même caractère auto-centré, armée d’un ordinateur et d’un matériel qu’on imagine noyé dans une forêt de lianes de câbles.

Suissesse d’origine tibétaine, cette proche de la scène minimale teutonne revient le 7 décembre avec un deuxième album, Dust Collision, attendu depuis son Reflections of the Dark Heat de 2005 en dépit de trois compilations d’inédits et de nombreux remixes. Et surtout d’un enfant. Telle une Björk guérie de ses tics horripilants, Kate Wax construit un univers finalement pas si éloigné de l’electro goth de Fever Ray. Son arrivée sur le label londonien Border Community, spécialisé dans l’electro spatiale contemplative (James Holden qui a coproduit Dust Collision, Nathan Fake, The MFA, Luke Abbott…) n’a en tout cas en rien altéré les velléités dark de notre néo trentenaire.

 

 

Rien de bien planant dans ses giclées synthétiques pures et limpides surtout quand des éclairs frappent comme la foudre le petit cocon électronique qu’elle tente de tisser autour de sa voix. Sur Dancing In The Scalp, on croit se balader dans la même forêt que celle où se perdait The Cure voilà trente ans.

 

Si sa personnalité détonne moins dans un nouveau siècle qui a connu un effarant retour des mortes vivantes de la new cold-wave (de Fever Ray donc à Planningtorock en passant par Austra, The Knife, Class Actress, Glasser, St Vincent et autres Soap & Skin, toutes des voix souvent arty et pas toujours très chaudes), Kate Wax affiche une singularité et des mots entendus nulle part ailleurs, en particulier quand elle est prise de convulsions qui l’emmèneraient bien sur le dancefloor pour peu qu’une bonne âme l’aide à trouver la boule à facettes. Avec Dust Collision, l’hiver sera glacial sous les t-shirts sous les maillots.

C’est un commentaire d’une oreille éclairée sur Facebook qui a attiré mon attention. Il y était question de « post-dubstep ». Pourquoi pas ? Mais déjà, si vite on tourne la page d’un bouquin qui commence tout juste à s’écrire ? A l’écoute du nouveau EP du dénommé fLako, il serait peut-être plus juste de parler de post-hip-hop autant que de nu-acid-jazz. Ne partez pas, fLako mérite au final bien mieux que tout ça. Le garçon est né au Chili mais se partage entre Berlin et Londres, ce qui en fait l’un des meilleurs transfuges depuis Villalobos, mais dans un cercle à circonscrire entre les expérimentations de Flying Lotus et la grâce de James Blake.




Un morceau casé sur une compilation en 2008, un remix pour Robot Koch, et voilà fLako qui commence à produire ses premiers titres. Une trentaine de beats malpolis sont rassemblés en 2008 sur la mixtape First Spaceshit On The Moon. Puis sort en 2010 le EP Mini Tollbooth, suivi au printemps 2011 de son premier vrai album intitulé The Mesektet où il démontre pleinement tous ses talents de producteur. Beats lents et sensuels, samples au scalpel là où ses congénères attaquent au marteau-piqueur, fLako s’impose dans une veine qui rassemble l’electronica british et le hip-hop d’orfèvre de J Dilla. Le tout désormais sur le label berlinois Project: Mooncircle.




Avec le EP Carving Away The Clay qui parait ce mois-ci, fLako franchit une étape redoutable pour le producteur avec une voix, celle de Dirg Gerner, qui ose le déséquilibre sur le fil de son époque et la prise de risque soul comme à la manière de The Weeknd dont il a déjà été ici question. Après deux instrus intrigants et chamailleurs, fLako installe sur The Answer une intimité langoureuse et chatoyante qu’il fait suivre d’un Lonely Town tout autant époustouflant et lacrymal.

The Answer sur Soundcloud :



Réconcilier le do-it-yourself des samples et de la production electro avec la moiteur de la soul, soit d’Angelo et Four Tet assis dans un même canapé à siroter des Martini-gins, et si c’était ça la tendance forte et la bonne nouvelle polychrome de la prochaine décennie ? En tout cas, Laurent Garnier s’est déjà affirmé fan du gamin. T’inquiète, on est deux Lolo.

Quel bonheur de se retrouver après ces deux semaines d’absence ! Et quoi de mieux qu’une étonnante jeune fille capable de réconcilier pop lo-fi, trifouillages électroniques, new-wave et mélodies sixties du bonheur pour relancer la machine ? Derrière le nom au pluriel de U.S. Girls se cache en réalité la seule Meghan Remy, vraie fille et vraie Américaine.





A l’actif de cette blonde qui ne compte pas pour des prunes, déjà deux albums obscurs et bordéliques, ainsi qu’un single partagé avec le lonely surf rocker Dirty Beaches. C’est bruyant, culotté et bordélique, comme si Nancy Sinatra dictait ses recettes à Throbbing Gristle en charge des fourneaux. D’autres fois, on pense à un pont étonnant reliant les Raincoats à Fever Ray, ou à Austra fumant un joint dans un studio de Kingston. Sur scène, elle joue seule, sans filet avec son matériel parfois juste posé par terre.




Son troisième album parait ce mois-ci et c’est un sacré coup de cœur, le genre de disque suffisamment varié et mature pour que je lui accorde toute ma confiance. Il s’appelle tout bêtement U.S. Girls on Kraak car il est publié sur le label indépendant Kraak pour la première et à priori la dernière fois, vu que la jeune fille a rejoint l’écurie britannique Fat Cat pour la suite de sa prometteuse carrière.
U.S. Girls on Kraak révèle d’époustouflants progrès en matière de production et d’accessibilité au plus grand nombre d’oreilles. Meghan Remy s’affirme comme une compositrice unique et douée, ouverte à tous les vents musicaux, y compris le R&B avec une accaparation personnelle et craquante de The Boy is Mine de Brandy & Monica.


Pour être complet et au clair de la rubrique people, Meghan est à la ville la petite amie de Slim Twig alias Max Turnbull, dandy pop rock qui prépare un concept album autour de leur couple et qui a coproduit U.S. Girls on Kraak.

Mais U.S. Girls reste bel et bien le projet de la seule Meghan. Sur la foi du seul morceau The Island Song, j’ai décidé de la rebaptiser son nom en The XXL histoire de lui faciliter la vie sur Google. De rien Meghan.


U.S. Girls et Slim Twig en concert à Paris à l’Espace B, vendredi 25 novembre 

Dans la grande famille des producteurs au nom mot compte triple même si imprononçable car fâchés avec les voyelles, voici donc Knxwledge. Depuis le temps qu’il met sur le marché des singles, des albums et des mixtapes, je me le gardais pour un moment de répit qu’il s’accorderait. Impossible pour lui de calmer le jeu puisqu’il a sorti ce mois ci cette triplette : Hexual Sealings EP, Randomb EP et HutDreems EP qui suivaient presque sans broncher trois autres EP parus en août… pou raccompagner l’album Old Klouds paru le même mois. Ce qui au final fait beaucoup de morceaux à son actif même si beaucoup sont courts et consistent en une succession de samples et de beats. Qui a dit boulimique ?

Malgré ses pochettes aux nuances souvent shoegazing ou qui rappellent le hip-hop alternatif à la Anticon, rien de sombre ni de dépressif ne s’échappe de la musique de Knxwledge, producteur originaire de Philadelphie. Comme le nom Hexual Sealings et sa référence à Marvin l’atteste, Knxwledge est un amoureux de la soul qu’il vénère, malaxe, pétrit, mélange au jazz, mais qu’il respecte toujours. Les âmes tristes y verront du hip-hop abstrait, les oreilles bouchées entendront du trip-hop… moi j’y respire l’essence d’un hip-hop qu’aucune voix n’a été jugée digne d’enflammer.

Pour un peu, Knxwledge nous rendrait presque nostalgique d’un âge d’or du hip-hop qui dura trop peu de temps. En même temps, il rassure sur la capacité du genre à renouer avec l’innovation et l’excitation des débuts. D’autant qu’il dégaine ses productions plus vite que son ombre, et je ne parle même pas de DJ Shadow qui n’a jamais autant mérité son pseudo. Alors un héritier au regretté J. Dilla ou à Madlib ? Oui et autant dire que ça n’a pas de prix.

Pour pousser plus loin les discussions avec notre bonhomme, deux solutions :

son Soundcloud

son Bandcamp


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