Magazine, cinquième page 30 ans après

S’il ne s’est rien passé sur ce blog depuis déjà plus d’une semaine, ce n’est pas par fainéantise (pas du tout) mais par manque de temps (un peu) et d’envie musicale (surtout). J’ai même écrit sur un groupe australien que j’adorais mais dont le nouvel album s’est finalement révélé après réécoute pas du tout à la hauteur de l’attente. Du coup, auto-censure et article bloqué. Rien ne sert de s’obliger à publier si on n’est pas content de faire partager un truc qu’on aime vraiment, ici, on n’est pas dans la presse : zéro contrainte.  Du coup, rien de neuf ces temps-ci du fait d’une actu molle du bulbe, coincée du slip. A part qu’aujourd’hui, une nouvelle que j’attends depuis des mois. Retour vers le passé de demain, retour du blog, et retour d’une légende que je n’ai jamais cessé d’aimer : Magazine.

 

 

Groupe post-punk né d’un coup de folie de Howard Devoto après son départ des Buzzcocks, un autre groupe majeur que j’ai beaucoup (vraiment beaucoup) écouté par le passé mais qui n’ pas passé le nouveau siècle avec mes oreilles, la faute à un moteur à propulsion nourrie d’une sève adolescente désormais obsolète. A l’inverse de Magazine qui a d’emblée démarré avec un propos adulte, des contortions d’un Howard Devoto fantasque et arty à cette urgence froide qui a rapidement laissé la place à une mélancolie inconsolable. Le tout sans jamais tomber dans les clichés des cinq années de sa courte existence : 1977-1981. Magazine, un groupe à part et rare qui a eu le bon goût de la fermer quand il n’avait plus rien à dire.

 

 

Magazine ou une sorte de Roxy Music avec au chant un punk qui n’avait même pas besoin de s’enlaidir, un rock redevenu progressif (comme celui qu’ils étaient censés balayer) après le cul de sac musical du Do It Yourself, un groupe imprévisible dont j’aime même les albums décriés par la critique de l’époque comme Secondhand Daylight et Magic, Murder & the Weather. C’est d’ailleurs  de cet ultime disque de 1981 (putain 30 ans…) dont No Thyself, ce petit nouveau, se rapproche le plus. Normal, le clavier Dave Formula occupe le devant de la composition et inflige ses incroyables nappes flottantes en vitrine depuis la réouverture en 2009. Un nouvel album était en préparation, les premiers live rassuraient.

 

 

2011 : No Thyself sort le 24 octobre sur le propre label du groupe, Wire-Sound sur lequel il est possible de le commander. Magazine a quasiment retrouvé son line-up avec le défunt guitariste John McGeoch remplacé par Norman Fisher-Jones, artilleur de luxe chez Cure, Adam & the Ants et toute une tripotée de groupes new-wave de seconde zone, mais surtout, comparse de Devoto au sein du mésestimé duo electo-pop Luxuria (à découvrir The Beast Box is Dreaming). Si Dave Formula retrouvait ses claviers, la basse allait à Jon « Stan » White qui palliait ainsi le départ de Barry Adamson, une nouvelle fois happé par des projets solo juste après les retrouvailles de 2009.

 

Alors j’aimerais bien vous faire partager No Thyself mais rien n’a encore été posté par le groupe ou les fans sur les sites de vidéos. Du coup, je vais être obligé de vous raconter. « Oh non… ». Mais si. Il faut savoir que le début du disque ne le sert que très peu. Le Do The Meaning d’ouverture doit sûrement sa place à cette guitare jouée avec des moufles comme s’il faisait froid au pays du grunge. Peu importe car dès Other Thematic Material, la magie Magazine opère de nouveau avec ces giclées de synthés qui font franchir l’espace-temps. Magie et temps, pas besoin de meurtre. Il arriverait presque pourtant avec les synthés de The Worst of Progress qui dévalent les sommets de Shot By Both Sides en marche arrière. (Hello Mister Curtis) With Apologies ralentit la lecture du Magazine avec une guitare chaloupée qui entraîne dans un reggae aussi irradié qu’une baraque à frites de Fukushima. Le voici dans une version live enregistrée en juin 2011.


A la suite, Physics est une tentative réussie de Devoto de se transformer en crooner du troisième type. Fantomas avait des fans, pourquoi pas lui ?


Happening in English entame la face B (on reprend les choses en 1982, n’oublions pas) en remettant du charbon dans la chaudière, ce qui plait au guitariste qui se rapproche enfin de l’imitation idéale de McGeoch circa 79. En revanche, sur Holy Dotage, il prend une assurance inutile et on voit ainsi Magazine flirter avec un heavy rock qui ne lui sied guère, sauf quand Devoto parvient à ouvrir une soupape de sécurité inattendue en plein refrain. Et là, on arrive au clou du disque, ce Of Course Howard (1978) en forme de ballade aussi elliptique que son titre. C’est beau, majestueux, secret. Devoto semble livrer les clefs de son coffre fort si ce n’est que la lumière est éteinte et qu’on n’en saura jamais plus sur le contenu. Bien joué. La guitare s’offre un solo osé qui lui aurait valu l’échafaud en 1978. A la suite Final Analysis Waltz demeure aussi ambigüe que son titre : pas vraiment une valse, pas vraiment la fin, pas non plus d’analyse très probante si ce n’est que Devoto presque en larmes n’a toujours pas fini la sienne, d’analyse. L’album se clôt sur The Burden of a Song, belle chevauchée fantastique où un piano se tire la bourre avec des synthés sans que Devoto ne fasse un choix dans ces primaires. C’est classe. C’est Magazine. On ne passera même pas sur le morceau bonus qui contrairement à tous les morceaux bonus vaut quand même l’écoute, ne serait-ce que pour le refrain où Devoto se retourne sur son passé, « When I was searching for myself« . Laisse tout tomber coco, tu t’es trouvé.



Bilan de No Thyself : sûrement pas le meilleur album de Magazine et bien évidemment son pire, mais on s’en doutait du fait de la brillance et de la fulgurance d’une discographie juste parfaite.Il se place néanmoins au-dessus de la mêlée actuelle tant son fourmillement d’idées lui donne des longueurs d’avance sur pas mal de gens de notre époque. De toutes les reformations dont on n’a jamais attendu grand chose (Gang Of Four, Pixies, etc la liste est aussi longue que celle des musiciens devant payer les traites de ravalement du chateau et des pensions alimentaires), ils sont ceux qui s’en tirent le mieux. Normal, ils sont partis trop tôt et ont laissé un héritage monumental que personne n’a osé toucher, même avec des pincettes.

En vidéo pour tous ceux qui ont été suffisamment patients pour tenir jusqu’ici, un medley tout vilain annonçant la sortie de No Thyself avec quelques bribes de ce nouveau disque. Si j’évoquais des Songs From Under the Floorboards en imaginant les chansons qui allaient faire vivre ce blog, c’est pas pour des prunes. Magazine y aura toujours sa place.



NO THYSELF 

1. Do the Meaning

2. Other Thematic Material

3. The Worst of Progress…

4. Hello Mister Curtis (With Apologies)

5. Physics

6. Happening in English

7. Holy Dotage

8. Of Course Howard (1979)

9. Final Analysis Waltz

10. The Burden of a Song

11. Blisterpack Blues

 


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