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Archives Mensuelles: août 2011

Il va falloir s’y habituer. De temps à autres surgit sans prévenir un disque qui n’a pas forcément à voir avec la choucroute, et je ne parle pas seulement de techno d’outre-Rhin. Et puis certains ont tendance à l’oublier mais ce blog emprunte son nom à un titre des Byrds.

Le genre de disque qui hante la cervelle dès la première écoute, et surtout, qui ne lâche pas l’affaire quand il a fini ses rotations. Un disque presque parfait, car la perfection finit toujours par provoquer l’ennui. Tamer Animals appartient à cette catégorie. Un premier morceau presque anecdotique et ensuite, le deuxième album d’Other Lives dévoile des richesses aussi imposantes que Monument Valley, qui parleront aux oreilles sensibles aux Américaneries folk mélodiques situées au middle of the roads tracées par Midlake et Fleet Foxes.

En apéro, trois morceaux de Tamer Animals enregistrés pour la radio de Seattle KEXP.

Other Lives est un quintet de barbus chevelus originaire de Stillwater (l’eau calme…), bourgade de 45.688 perdue au fond de l’Oklahoma. Sur ces 45.688 âmes, ces cinq-là démontrent une profondeur juste poignante à en croire la beauté qui dégouline de leur disque. Peu importe que le suivant soit une calamiteuse bande-son pour une pub de 4×4. Peu importe que la vie nous sépare dans quelques semaines. Piano, mélodies brumeuses et mélancoliques, lyrisme même pas forcé  comme chez certains insupportables dont on taira le nom… Other Lives vient juste de livrer les chansons les plus bouleversantes du moment. Une musique terrienne encore plus grandiose que les paysages qu’elle fait traverser. Un arbre de vie.

Les deux meilleurs titres haut la main de Tamer Animals dont le Old Statues aux jolis accents Calexico, donc Morricone.

Tiens, ils ont même un site européen : Tamer Animals

Other Lives est à voir sur scène à Paris le 1er septembre à la Flèche d’Or.

Lecteur 2.0, je te propose un nouveau jeu. Ici on arrête de se réfugier derrière des nouveaux termes débiles importés en contrebande et dont je suis moi-même une pauvre victime. Ici on arrête de se lamenter sur la retraite de Lenoir ou de se pignoler sur le niveau de la reformation (déformation plutôt) des La’s. Il y a tellement mieux à faire dans la vie. Pour clore cette affaire de terminologie, le jeune homme dont il est question ici a été affilié au courant dit witch house, nommé ainsi à cause de junkies dépressifs (Salem) et de sorcières en bois (Zola Jesus, LA Vampires, Esben & the Witch…) Pour le reste, tous les petits électroniciens souffreteux apparus aux US au même moment (2009/2010) et qui ne recouraient pas à des rythmiques balearic ont été collés dans ce panier de crabes accueillant comme une communion chez la famille Adams.

Tout ceci serait risible si cela faisait l’affaire des artistes. Oui mais non car derrière les effets de mode, oOoOO, White Ring ou Balam Acab (les meilleurs du lot) attendent toujours qu’on leur donne leurs cadeaux d’Halloween. Derrière Balam Acab, du nom d’un dieu maya qui provoqua des arcs-en-ciel en décochant des flèches dans les nuages, se cache Alec Koone. Ce vingtenaire originaire d’Ithaca dans l’état de New York, a été étudiant en Pennsylvanie (et non en Transylvanie, ho ho), auteur fin 2009 d’un magnifique EP 5 titres (See Birds) qui doit finalement plus au dub blanc et aux collages psyché d’Animal Collective qu’à la dark-wave.

En cette fin août, il publie Wander / Wonder, son premier vrai album, toujours sur le label de Brooklyn Tri Angle (Clams Casino, oOoOO, How To Dress Well, Holy Other…). Et c’est indéniablement un des chocs de l’année, un disque envoutant avec ses voix ensorcelantes et ses atmosphères baroques qui vous enlacent dès le Welcome d’ouverture.

Avec Wander / Wonder, Balam Acab réussit le tour de force de concilier les quatre éléments comme personne : terre, eau, feu et air, avec une grâce inattendue pour son jeune âge, retenant la leçon du dubstep britannique pour l’emmener faire une sieste dans les sous-bois. Les voix sont trafiquées, l’influence du R&B est digérée au milieu de l’ambient, de la pop et de la musique contemporaine. C’est classique, c’est moderne, c’est blanc, c’est noir, c’est coloré, c’est aveuglant comme un rayon de soleil qui perce entre les arbres d’une clairière. Comme quoi il n’y a pas que le noir dans la vie.

Les musiques électroniques sont encore capables de réserver leur  joli lot de surprises. Si j’étais patron d’une grosse boite du CAC 40, je dirais en d’autres termes que les indicateurs ne sont plus sous contrôle, que l’évolution du secteur est impossible à anticiper. C’est de Perth, étrange grande ville riche de l’ouest de l’Australie que débarque Andrew Sinclair, producteur électro pas vraiment porté sur le dancefloor, ce qui nous fait des vacances pour aujourd’hui. Son premier album Evil Summer porte bien son nom : pas question ici d’effusions amoureuses sous une lune des Baléares. Son été à lui est hanté et hypnotique, minimal et convulsif.

Comme s’il souhaitait composer la bande originale de sa lointaine contrée, Sinclair produit une musique solitaire aux accents mélancoliques, solaire et en même temps sous influence de la pleine lune dans le désert. Elle est aussi pleine d’une force terrienne quand elle s’enflamme ça et là de rythmiques tribales et d’éclairs afrobeat. Evil Summer est un album aussi primitif que moderne, fait d’un synthétisme lo-fi qui louche vers le psychédélisme noir, le drone de chambre,  le krautrock codé en 64 bits ou l’ambient pneumatique.

 

 

 

La musique d’Andrew Sinclair s’apparente à une expérience, à la fois fascinante, riche et  en dehors des sentiers battus du monde occidental, proche des travaux d’explorateurs sonores modernes comme Sun Araw. Par un étrange phénomène de dérives des continents, Sinclair sample sur un titre les Congolais de Konono n°1. Ici vous ne trouverez pas de trace de revival, juste de passionnantes expérimentations qui aboutissent à des brillantes découvertes à l’image des mines d’or qui entourent sa ville de Perth. Il ne se prénomme pas Brett et encore moins Anne mais ce nouveau Sinclair est un vrai Lord. Des musiques électroniques en tout cas.

Evil Summer est en téléchargement gratuit sur le Bandcamp d’Andrew Sinclair

Et en écoute, six morceaux d’Evil Summer dans un beau désordre




Le monde est en train de trembler face aux nouveaux jeunes. Car contrairement à pas mal de vrais vieux qui sommeillent sous des peaux non encore burinées par le temps (dernier exemple en date, Miles Kanes), Autre Ne Veut sait tout faire. Composer des mélodies immortelles capables de résister à un tsunami et à des fuites radioactives. Produire sa musique avec des machines branchées sur un simple courant d’air. Faire couler de son blanc organe un miel R&B. Tenir une scène. Faire frémir un public.

Sa voix m’avait transporté quand je l’avais découvert l’an dernier, alors que sortait son premier album sur l’étonnant label new-yorkais Olde English Spelling Bee, une maison iconoclaste et anachronique qui accueille un renouveau pop porté sur l’électro et la soul blafarde. On y croise des gens aussi indispensables à notre époque que Ducktails, James Ferraro, Forest Swords ou Julian Lynch. Le vénérable Guardian s’était même fendu à l’époque d’une analyse aussi pertinente que passionnante : Why Olde English Spelling Bee is creating a buzz.

Avec son tout nouveau EP Body paru cet été sur le label Hippos In Tanks, le cas d’Autre Ne Veut devient plus facile à cerner car le feu qu’il répand est circonscrit à quatre morceaux. Tout l’art de cet artiste de Brooklyn consiste à s’engouffrer dans la fameuse brèche qu’on nous a vendue pour accepter de vieillir dans les années 2000 : à défaut d’offrir un nouveau style aussi excitant que le grunge ou le punk, les barrières entre les genres seraient donc tombées. Pour lui, la musique consiste à faire en sorte que Marvin Gaye et Animal Collective ne fassent plus qu’un. Afin d’arroser cette éblouissante réussite, je propose ici les quatre titres dans l’ordre du EP tant ce monsieur le mérite amplement, autant pour l’ambition affichée que pour l’accomplissement de son rêve pas si fou.

Chanson d’amour piquée par une mouche tsé-tsé sur fonds de beats distordus, pop-song sans queue ni tête, complainte soul digitale, new-waverie indus héroique réminiscente de The The. Autre Ne Veut fait du neuf avec du recyclé sans jamais sombrer dans un quelconque revival, tout en remettant la voix et le déhanché sexy au goût du jour. Moi, je le veux.

A signaler que Hippos in Tanks compte dans ses rangs Hype Williams, James Ferraro, Sleep ∞ Over, Games, D’Eon… Tous ont leur place dans ces colonnes. Ce label se définit lui-même comme une « force de travail dédiée aux solutions innovantes dans la musique moderne ». C’est drôle, simple, et tellement vrai.  Miles, s’il te plait, retourne jouer aux billes et ne dérange plus les grands.

Je ne t’envie pas, toi, petit homme qui ne connait pas Legowelt. Cela signifie que tu es passé à côté d’une légende de la techno mondiale. Si tu connais Juan Atkins, Kevin Saunderson, c’est très bien. Tu tiédis mais tu es encore bien loin de brûler. Premier indice, Legowelt ne vient pas de Las Vegas. Il ne poserait pas ainsi dans sa propre ville. Il faut être touriste pour oser ça.

Legowelt vient du pays des moulins (mais non, pas la Grèce, ne fais pas exprès non plus) et des tulipes, des coffee shops et de Heineken, de I-F et de Johan Neeskens. Un bien beau pays donc. C’est de là que Legowelt, Danny Wolfers de son vrai nom, s’est forgé une carrière tiraillée entre Detroit et Chicago, Underground Resistance et house groovy. Quelques classiques ?

Le binoclard producteur hollandais offre son petit dernier, The Teac Life, en téléchargement libre sur son propre site au look formidablement inchangé depuis une bonne dizaine d’années. Mais attention, libre ne veut pas forcément dire gratuit et Wolfers suggère ainsi une donation à vot’ bon cœur par Paypal si tu as aimé son travail, pour qu’il puisse changer ses synthés en bout de course. Travail qu’il définit de ses propres mots que je préfère reprendre afin de ne pas les déformer par une traduction hasardeuse : « Raw as fuck autistic Star Trek 1987- Misty Forests- X-FILES,- DETROIT unicorn futurism made on cheap ass digital & analog crap synthesizers recorded in a ragtag bedroom studio on a TEAC VHX cassettedeck in DOLBY C with an  unintelligible yet soulfull vivacity. » Petit homme, tu viens de lire tout ça et c’est tout à ton honneur. Tu viens de grandir. Tu peux même t’envoler. Comme le Hollandais volant.

Une visite sur le site de Legowelt s’impose et ça se passe là : www.legowelt.com

Téléchargement de The Teac Life

Le meilleur disque de musique électronique de l’été est né dans une clinique spécialisée dans le hip-hop. Electronic Dream est l’œuvre d’Araabmuzik, producteur US originaire d’un pays d’Amérique centrale, information peu précise mais qui de toute façon ne sert pas à grand chose. Pas plus que de savoir que son vrai nom est Abraham Orellana et qu’il a travaillé pour des rappeurs comme Cam’ron et son groupe Dipset, ou encore Fabolous et Busta Rhymes.


 

Non, la vraie différence, c’est qu’Araabmuzik a tâté de la batterie dès l’âge de 3 ans et que par la suite, il est devenu pizzaiolo en chef de la MPC, ce sampler et boite à rythmes culte de la marque Akai. Comme en témoigne cette prestation étourdissante sur une scène new-yorkaise :

 

 


 

 

Sur Electronic Dream, Araabmuzik s’adonne à ses passions naturelles qu’il chouchoute, d’autant plus qu’il n’a aucun rappeur à contenter : le copier/coller au sample et la musique trance. Celle sur laquelle on danse les bras levés au ciel, bouché bée, comme si l’été durait toute la vie. Sans révolutionner ce genre vieux d’une bonne vingtaine d’étés, Araabmuzik en livre une vision pure, presque naïve, avec ces voix de filles perchées comme des Julee Cruise sous ecstas et ces synthés ramenés de teufs de gabbers hollandais.

 


 


 



 


 

A la fois mélancolique et euphorique, Electronic Dream porte en lui les promesses d’une nouvelle ère, d’une rave qui reste éveillée à jamais. Après le génial Clams Casino et l’intrigant Lil B, preuve est faite que le producteur hip-hop peut aussi sortir de l’ombre pour secouer le cocotier de la musique. Après le printemps arabe, préparez-vous à l’année Araabmuzik.


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