Hiem, c’était les corons

Bon alors là, on va toucher à un terrain très sensible de ma vie. Sheffield. Cité de l’acier où j’ai débarqué une première fois presque par hasard durant l’été 1987. La ville mutait alors de façon fascinante de l’indus synthétique des pionniers bien dégagés derrière les oreilles, mais avec une belle mèche sur la face (The Human League, Cabaret Voltaire) vers le funk robotique (Chakk, Hula) et l’electronica du label Warp naissant dans la boutique de disques Fon. Puis une deuxième fois au printemps 2003, pour assister à l’éclosion d’une nouvelle génération qui reprenait le flambeau electro rock : Fat Truckers, I Monster, Kings Have Long Arms… et Hiem. Tous trop sympas pour espérer gagner un jour le clan des vainqueurs, trop fainéants pour oser penser à quitter leur ville, trop talentueux pour rester complètement dans l’ombre. Les cammioneurs de Fat Truckers se sont crashés sur l’autoroute des vacances : seul Ben Rymer fait encore le mariolle au sein du Gucci Soundsystem tandis que Ross Orton produit (M.I.A. entre autres) et remixe à tout va. L’excentrique Kings Have Long Arms tente de se réincarner en Chanteuse & the Crippled Claw avec la chanteuse Candie Payne. Quant à I Monster, c’est le Air local qui n’a jamais décollé alors qu’il valait au moins autant, rencontre improbable entre Pink Floyd, Abba et les BO de vieilles séries Z avec Peter Cushing. Enfin Hiem, c’est le duo electro formé de David « Bozz » Boswell, producteur repéré dans le projet All Seeing I, et Nico Eastwood, illustre et en même temps obscur musicien de la ville.

En 2003, Hiem s’est fait remarquer sur la compilation Northern Electronic démoulée par mon fringant ami Bobby Hardcore de Spirit of Eden, avec le morceau Chelsea, un électro rap salement fagoté du Nord, comme si The Streets était né sans le sou au beau milieu des hauts fourneaux de Sheffield. Un récit âpre, urbain, dur comme de la brique rouge, et à la fois bourré d’humanité comme aurait dit Bruno Dumont. Après une poignée de singles, des morceaux repris sur pas mal de mixes comme le Fabric 22 d’Adam Beyer, le duo sort enfin un album à la rentrée 2011. Nul ne sait encore ce dont il va être question mais un single a déjà franchi la Manche, ce Rubicon impensable quand on habite la lointaine région du South Yorkshire.

Ici bodybuildé par le redoutable Tim Paris, Freaky Nights s’inscrit dans la grande tradition synthétique de la ville, crado et sans concessions, suffisamment flippant pour faire pleurer les enfants, sexy comme une vendeuse de Tesco saoule à la recherche d’une dernière pinte à la fermeture d’un pub. Ici on ne vise pas les open bars branchouilles et la dernière synchro pub. Ici, on se souvient avec émoi du cuir noir et des synthés des années 80 tout en imaginant déjà les années 2020. Ici on vibre, ici on vit.


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