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Archives Mensuelles: juillet 2011

Ce blog a un mois et quelques jours et compte déjà plus de 1200 pages vues. Pas mal pour ce qui était un peu plus qu’un test mis en ligne sur un coup de tête. En attendant une tour de bureaux climatisés, il est temps de faire une pause et de revenir avec de nouvelles idées. Une bonne raison pour aller courir les plages de Méditerranée à la recherche d’investisseurs.

Facile de les reconnaitre en maillot de bain, ils fument généralement le cigare. Les bateaux de plus de 50 mètres de long feront aussi l’objet d’un dépôt de dossier de blog. Et toi qu’est-ce que tu fais pour les vacances ? Ben je vais sûrement changer d’adresse. Tout ça sera expliqué ici même à partir du (16) 25 août.



Après que mes amis de Tsugi m’ont demandé de coordonner leur hors série d’été consacré à 100 artistes oubliés et méprisés de la musique, je suis allé parler de tout ça chez mon autre ami Erwan Perron. Le barde celte de la nuit électronique parisienne m’a fait l’honneur de m’inviter dans son émission Bien ou Bien ?, talk-show hebdomadaire survitaminé consacré aux musiques électroniques sur le site de Télérama, afin de lui expliquer ce concept qu’il avait du mal à comprendre lors de notre première discussion autour d’une cervoise.

Parmi cette liste de 100 artistes, j’ai donc choisi et défendu ma sélection de 4 piochés dans plusieurs décennies mais de musiques électroniques, comme l’exige la tradition de l’émission du sanglier.  Un grand moment de bonheur radiophonique qui m’a rappelé avec émoi mes premiers pas sur les ondes de la France FM libérée de 1981. Pour ce qui est du hors série, il arrive dans tous les bons kiosques le 23 juillet. Bien et même très bien.

BIEN OU BIEN ? SPECIAL HORS SERIE TSUGI :



 

 

 

 

 

ET POUR LA MÊME SELECTION SANS BAVARDAGES :

 

 

 

Le 14 juillet, les Américains s’en tamponnent le coquillard. Eux, c’est le 4 juillet qu’ils fêtent car le jour de l’indépendance nationale. Peu importe, Kelis, en 2010 chantait cette journée dans un clip presque pas vulgaire, sur un album, Fleshtone, qui virait dance en lieu et place de son R&B habituel, avec même quelques progs signées de notre cagole David Guetta. 4th of July sample un obscur groupe de dance rock canadien dont l’histoire n’a pas retenu le nom. Mais surtout, il y est question de Fireworks (feux d’artifices) et ça suffira bien pour clore l’affaire avec notre petite chanteuse de Harlem. Du tout bon pour aujourd’hui.

Le monde entier semble s’en balancer et ça pour ça que j’ai envie de parler d’eux. En 2008, leur premier faux album, mais vrai gros EP, The Bake Sale, s’apparentait à une fontaine de Volvic tombée du ciel après un mois à errer dans le désert sans Ray Ban (un blog qui démarre a besoin d’appel du pied aux annonceurs, NDLR). Pourtant, comme The Clipse, les Cool Kids sont restés des seconds couteaux du hip-hop américain, qui leur préfère des gros bras tatoués pour les charts, et de bonnes vieilles grosses ficelles pour la street credibility (Odd Future et compagnie). Ils étaient pourtant l’alternative idéale. Et le restent encore avec leur nouvel album, When Fish Ride Bicycles.

 

The Cool Kids, c’est Antoine Reed alias Mikey Rocks et Evan Ingersoll alias Chuck Inglish, deux rappeurs de Chicago qui retrouvent de façon miraculeuse la fraicheur de l’âge d’or du hip-hop US. Ils aiment ces beats squelettiques qu’affectionnaient les pionniers et ont la tchatche facile, aussi nonchalante que rigolote. Annoncé dès la sortie de The Bake Sale, When Fish Ride Bicycles n’arrive qu’aujourd’hui mais peu importe car ses rimes sont intemporelles et sa portée universelle. Meilleur titre du lot, ce Swimsuits avec l’excellent soulman Mayer Hawthorne en invité pour un ensemble qui fleure bon le R&B réjouissant. Non à Ben. Mais un grand oui aux oncles Cool.

 

 

 

Comme disait Bernard Hinault ou un autre philosophe du XXe siècle : on ne va pas se mettre à réinventer la roue. Je vais cette fois écrire sur un coup de coeur dont j’ai déjà juste parlé. En avril dernier, je remerciais Didier Varrod de me permettre de passer du R&B dans feu sa magnifique émission de France Inter, Electron Libre. Pas question pour autant de trahir la confiance du patron : il s’agissait bien là de présenter les nouvelles directions prises par les musiques électroniques. Trois mois après, l’écoute de The Weeknd me renforce dans mon amour de ce groupe et conforte mon enthousiasme partagé sur nos ondes nationales. Au-delà du R&B, c’est aussi du sexe et de la drogue dans presque chaque ligne de basse, chaque ligne de baise dont il s’agit tout au long des neuf titres du mirifique album House of Balloons mis gratuitement en ligne sur son site par ce trio de Toronto en début d’année.

The Weeknd (à prononcer et comprendre comme the weakened, soit les affaiblis), c’est un chanteur, Abel Tesfaye (né en… 1990), et deux producteurs Doc McKinney et Illangelo. Plus proche de la vague chillhouse des Toro Y Moi, Memoryhouse et autres JJ que de Timbaland, The Weeknd s’appuie sur les codes de l’électronique maison à base d’electronica et de samples, pour servir une voix en or, suave comme un Craig David des grands jours. Si ce n’est que cette voix de velours parle sexe, dépravation et drogues, dans une atmosphère minimale et mélancolique. Quand The-Dream s’épanche sur ses conquêtes sexuelles, The Weeknd évoque le malaise de la société moderne sur le mode de l’introspection et de la déviance. Sur High for This, le chanteur propose de drôles de jeux sexuels à une fille. Sur Wicked Game, il étale toute la perte de confiance dans sa vie amoureuse.

Le titre Glass Table Girls qui reprend sur toute sa moitié un sample du Happy House des punks goths anglais de Siouxsie & the Banshees ne parle que de cocaïne… On pense à Salem qui aurait fait du R&B plutôt que du hip-hop gothique, on pense à un R Kelly enfermé dans sa camisole. On pense surtout qu’une fois de plus l’électronique a sauvé un genre musical de sa déprime, de sa mort annoncée.

L’album est à télécharger librement et sans menottes sur le site de The Weeknd

Les opposants au disque dur peuvent l’écouter sur leur Soundcloud

Parfois il arrive qu’une reprise dépasse un original. C’est rare. Dans le cas présent, on n’ira même pas jusque-là tant les différences entre les deux versions empêchent tout test comparatif de mon laboratoire qui fourmille pourtant d’étoiles à remettre. Une chose est certaine, le chef d’œuvre de David Bowie a engendré l’an dernier cet incroyable morceau de tech house sensuelle et imparable chez James Teej, producteur canadien gossbo de 29 ans basé à Toronto. Space Oddity, quoi de mieux pour présenter cet explorateur déjà appelé aux plus hautes sphères des musiques électroniques ?

Mais tout ça c’est du passé et sert de présentation idéale à celui qui, en 15 ans de bons et techno services, a déjà une bonne brouette de maxis à son actif et un unique et magnifique album (Evening Harvest) paru en 2010 chez Rekids, le label de Radio Slave, référence en matière de techno minimale british. Un disque majestueux et osé de techno languide et dansante chantée dans la langue d’Obama. En ce mois de juillet, il revient avec cette petite bombe intitulée Night Wears Thin où sa voix indécente semble envelopper le micro d’une sensualité dégoulinante. Sa propre appellation « minimal soul » prend tout son sens, comme si ce morceau drapait l’organe moite de Terence Trent d’Arby dans la bande son d’un long trip pour Ibiza.

En bonus, un morceau encore et toujours de qualité, qui date cette fois de 2009 : Spending Life. Après les imparables Get Off The Phone, Anything Right ou Symmetry, James Teej prouve qu’il a le sens du titre. Ça tombe bien car moi aussi, du coup je lui remets la coupe du grand champion de la semaine de la tech house minimale. Et c’est pas rien.

Enfin dernier bonus car on est loin de Noël, un mix de l’automne 2009 intitulé Increments of Soul Pt III  A télécharger le plus gratuitement et légalement du monde. Alors elle est pas belle la vie avec la grande Teej ?

Le hasard fait parfois ressurgir des fantômes dont on ignorait jusqu’à l’existence. Grâce à Now Again, émanation du label hip-hop américain Stones Throw dédiée aux disques funk et psyché de tous âges, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas ce qu’il se passait en Iran dans les années 70. Quand le Shah est éjecté du pouvoir en 1979, et sans golden parachute s’il vous plait, la guitare électrique est elle aussi jugée indésirable. Né en 1946, Kourosh Yaghmaei la manie comme un grand depuis l’âge de 15 ans. Tout petit, il avait appris le santour, instrument sur lequel il maitrise vite les chansons traditionnelles iraniennes.

Mais l’appel du rock anglo-saxon est trop fort et Kourosh se laisse pousser les cheveux ainsi que la ‘stache. Son quintet, The Raptures, se veut un équivalent des pop surfers dans le vent façon Ventures, Beatles et autres Monkees qu’il vénère. Le groupe dont il est le leader, chanteur et guitariste, se procure ses instruments via l’Europe et Kourosh alors étudiant, écrit son premier single, le magnifique Gole Yakh (« doux printemps »).

En 1979, sa voix est interdite et le sera durant 17 ans dans son pays. Il vit alors de la réalisation de livres et de cassettes pour enfants, ainsi que d’albums instrumentaux. Cet autodidacte de la musique aura ensuite enfin le droit de sortir des disques solo et ce n’est qu’en 2004 que son visage peut enfin apparaitre sur une pochette. Kourosh raconte son histoire bien mieux que moi dans le formidable livret de l’indispensable double compilation Back From The Brink, joliment sous-titrée : Pre-Revolution Psychedelic Rock From Iran: 1973-1979 qui sortira fin août. Merci d’en acheter un peu plus que du dernier Beyoncé, cet homme formidable le mérite.

C’est l’album qui est en train d’ensorceler mon été : un vrai disque d’amour, fleurs dans les cheveux, cheveux au vent. A l’origine, une fille et un garçon de Los Angeles. Aux quatre coins de l’Amérique, les statistiques de divorces sont à la baisse et des couples apparaissent plus que jamais soudés dans les compositions et les chœurs, comme unis à la vie à la mort dans la folie de leurs chansons.

A la tête du quintet Bodies of Water, David et Meredith Metcalf s’époumonent comme si on essayait de leur arracher leurs alliances des doigts. On les a déjà adorés dans leur projet de constituer un Abba version lo-cost : Music Go Music, et leur tube juste parfait, Warm in the Shadows.

On est tout aussi content de retrouver notre tribu d’amish en version débranchée bien qu’ils aient perdu et remplacé deux membres au passage. Twist Again, le troisième album de Bodies of Water, est juste une formidable ode à la passion, chantée sur une pop mélancolique, le tout teinté de mysticisme flippant à l’Américaine, de gospel, de psychédélisme, de prog rock, de disco, et d’harmonies vocales théâtrales. Encore plus que sur leur précédent, le déjà exceptionnel A Certain Feeling de 2007, l’influence d’Abba se fait ici sentir dans certains chœurs féminins délicieux, héritage de leur schizophrénie à se répartir entre deux groupes. Si on m’avait dit que ce Summer of love 2011 se passerait sous les palmiers de LA, j’en serais resté baba. Mais toujours très cool.

Bon alors là, on va toucher à un terrain très sensible de ma vie. Sheffield. Cité de l’acier où j’ai débarqué une première fois presque par hasard durant l’été 1987. La ville mutait alors de façon fascinante de l’indus synthétique des pionniers bien dégagés derrière les oreilles, mais avec une belle mèche sur la face (The Human League, Cabaret Voltaire) vers le funk robotique (Chakk, Hula) et l’electronica du label Warp naissant dans la boutique de disques Fon. Puis une deuxième fois au printemps 2003, pour assister à l’éclosion d’une nouvelle génération qui reprenait le flambeau electro rock : Fat Truckers, I Monster, Kings Have Long Arms… et Hiem. Tous trop sympas pour espérer gagner un jour le clan des vainqueurs, trop fainéants pour oser penser à quitter leur ville, trop talentueux pour rester complètement dans l’ombre. Les cammioneurs de Fat Truckers se sont crashés sur l’autoroute des vacances : seul Ben Rymer fait encore le mariolle au sein du Gucci Soundsystem tandis que Ross Orton produit (M.I.A. entre autres) et remixe à tout va. L’excentrique Kings Have Long Arms tente de se réincarner en Chanteuse & the Crippled Claw avec la chanteuse Candie Payne. Quant à I Monster, c’est le Air local qui n’a jamais décollé alors qu’il valait au moins autant, rencontre improbable entre Pink Floyd, Abba et les BO de vieilles séries Z avec Peter Cushing. Enfin Hiem, c’est le duo electro formé de David « Bozz » Boswell, producteur repéré dans le projet All Seeing I, et Nico Eastwood, illustre et en même temps obscur musicien de la ville.

En 2003, Hiem s’est fait remarquer sur la compilation Northern Electronic démoulée par mon fringant ami Bobby Hardcore de Spirit of Eden, avec le morceau Chelsea, un électro rap salement fagoté du Nord, comme si The Streets était né sans le sou au beau milieu des hauts fourneaux de Sheffield. Un récit âpre, urbain, dur comme de la brique rouge, et à la fois bourré d’humanité comme aurait dit Bruno Dumont. Après une poignée de singles, des morceaux repris sur pas mal de mixes comme le Fabric 22 d’Adam Beyer, le duo sort enfin un album à la rentrée 2011. Nul ne sait encore ce dont il va être question mais un single a déjà franchi la Manche, ce Rubicon impensable quand on habite la lointaine région du South Yorkshire.

Ici bodybuildé par le redoutable Tim Paris, Freaky Nights s’inscrit dans la grande tradition synthétique de la ville, crado et sans concessions, suffisamment flippant pour faire pleurer les enfants, sexy comme une vendeuse de Tesco saoule à la recherche d’une dernière pinte à la fermeture d’un pub. Ici on ne vise pas les open bars branchouilles et la dernière synchro pub. Ici, on se souvient avec émoi du cuir noir et des synthés des années 80 tout en imaginant déjà les années 2020. Ici on vibre, ici on vit.


Il est signé The Model feat. My Favorite Robot et s’appelle Still in My Heart (Ivan Smagghe remix). Le gros avantage de ce morceau qui me fascine depuis une bonne semaine, c’est que je ne connais pas grand chose de ses auteurs. C’est juste un maxi qui décoiffe. Je serai donc bref dans cette histoire courte et pourtant à trois têtes. The Model, outre la pop song synthétique la plus parfaite de l’histoire signée Kraftwerk, est un producteur electro roumain. De son côté, My Favorite Robot n’a rien à voir avec Kraftwerk si ce n’est ce nom en clin d’œil à l’autre pop song synthétique la plus parfaite de l’histoire, The Robots. C’est un trio canadien qui produit des maxis techno tout à fait recommandables. Enfin, Ivan Smagghe est notre légende. Une légende, point final.

Dans son remix par le producteur français, Still in My Heart devient juste une monstrueuse ascension des cols de l’électronique pour une arrivée largement en tête du peleton, les neurones gavés d’EPO, entre tech minimale et house définitive. Le maxi sort sur le label londonien déjà mentionné récemment dans ces colonnes et qui revient en deuxième semaine. Inutile d’en dire plus aussi sur ce qui va finir par virer à l’obsession. Son nom est Crosstown Rebels, maison du Life Index de Maceo Plex, d’Art Department, de Jamie Jones… L’Angleterre redevient une place forte des musiques électroniques et c’est tant mieux. Il n’est pas exclu que son patron Damian Lazarus devienne le prochain boss du FMI mais cela n’est pas dans mes attributions de commenter une telle décision.

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