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Archives Mensuelles: juin 2011

Le gros avantage à écouter du rock en 2011, c’est qu’on n’écoute pas que du rock. Ruban Nielson, le génie derrière le mystérieux Unknown Mortal Orchestra est un natif de Nouvelle-Zélande installé à Portland, Oregon. S’il cite en vrac Captain Beefheart, Sly Stone et RZA du Wu-Tang, c’est pour bien montrer que sa pop fumeuse expérimente, chauffe, brasse et renouvelle les énergies comme nulle autre. On aurait pu ajouter Syd Barrett, Gang of Four ou les Kinks, tout le monde n’y aurait vu que du feu et c’est bien là l’essentiel : son disque tout bêtement intitulé Unknown Mortal Orchestra avec une pochette futuristico bucolique se consume comme un feu de joie qui crépite et réchauffe jusqu’à la dernière braise.


Son histoire a pourtant presque débuté comme une blague. Un premier morceau publié sur Bandcamp (Ffunny Ffrends) avec un nom trouvé en catastrophe, des téléchargements qui s’emballent, et voilà notre oiseau pris au piège, bien obligé de lancer sa carrière solo après s’être affranchi de son groupe, les Mint Chicks. Des concerts cette année dont SXSW et une tournée en première partie de Portugal the Man. Un premier EP dont on retrouve les quatre morceaux sur l’album. Et voilà ce cousin brun de Connan Mockasin, autre kiwi allumé parti à la conquête du monde, qui déroule sur son premier album une pop lo-fi et singulière qui lui ouvre grand les bras de la famille d’Ariel Pink. Paru ce mois-ci chez Fat Possum, ce disque est à son image : weird sans être noise, pop tout en étant funk, hip-hop compatible blanc bec, psyché mais pas drogué. La France s’excusera-t-elle un jour des ravages causés par ses essais nucléaires autour de la Nouvelle-Zélande ?

 

 


BNJMN appartient à cette nouvelle génération british de producteurs qui évoluent aux confins des familles house et UK garage. Au passage, pas besoin de tenter la télépathie avec Columbo pour comprendre que son pseudo plutôt galère pour Des Chiffres et des Lettres ressemble fort à un Benjamin grave à poil de voyelles.

 

 

Après un premier album, Plastic World, paru en début d’année chez les Bataves toujours impeccablement drogués de Rush Hour, son nouveau EP 141 sonne comme une bien belle déflagration qui trace sa voie entre la techno originelle de Detroit et la house groovy version Chicago, le tout dans un esprit bien ancré dans la house de son pays du début de la décennie 90, période durant laquelle le gamin a par ailleurs dû pousser ses premiers cris.

Quatre titres beaux comme des cathédrales et sapés comme des princes, que notre Benjamin Thomas nous a enveloppés de deux remixes : l’un de Lukid, l’autre signé Kelpe, autrefois auteur de beautés electronica sur le label DC Recordings, ici orfèvre en dorures sur le magnifique We Are The Weather d’ouverture. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

 

Désolé, je vais encore vous bassiner avec le label new-yorkais DFA (LCD Soundsystem, The Juan McMachin bla bla bla), mais au final c’est juste qu’il doit représenter et synthétiser tout ce que j’aime. Tout ce que j’ai aimé, et peut-être tout ce que j’aimerai durant toute dans ma vie, allez savoir. Comme le son d’Andrew Weatherall d’un peu toutes les époques, ou celui aussi des défunts labels anglais Output et DC Recordings. Un mélange d’électronique où on peut danser sans se compromettre, avec une touche de new-wave qui vous permet de rester bavard au bar face des jeunes à qui il faut expliquer les origines du monde, et surtout, des basses surhumaines et donc infiniment humaines, juste assez pour garder foi en l’humanité.

Ce deuxième maxi des Invisible Conga People, un duo new-yorkais dont on avait adoré le premier paru chez Italians Do It Better, on dirait du Depeche Mode qui répèterait écrabouillé sous l’atterrissage d’un Tupolev, avec un Dave Gahan obligé de chanter en soulevant de la fonte par 40° sous le cagnard. Arrêtons de fantasmer, c’est juste un chanteur invité par le duo, répondant au nom de Willow Gibbons.

In A Hole (oui mais dans quel trou ?), c’est un single indécent qui vous balance des maracas à 4 minutes pour ne pas crever idiot dans votre lit en pensant que vous n’êtes pas fait pour danser. In A Hole est un tube pour les clubbers morts de faim à 6 h du matin qui ne veulent toujours pas rentrer chez eux. In A Hole est un morceau en vente libre à destination de tous ceux qui croient encore au bonheur. In A Hole, c’est un morceau qui ne devrait jamais avoir de fin.

BONUS : la face B, Can’t Feel My Knees.

Deux décennies après les premiers étés de l’amour, la house music demeure toujours l’une des expériences sensorielles les plus délicieuses, y compris si on ne la vit qu’avec de l’amour de l’eau fraiche. L’Espagnol Eric Estornel alias Maceo Plex ne déroge pas à la règle avec son nouvel album Life Index qui parait sur le label londonien Crosstown Rebels – qui au passage va finir par atteindre la perfection (Damian Lazarus, Art Department, Pier Bucci ou Jamie Jones entre autres perles) si personne ne lui coupe l’électricité.

Plus chaleureux que sous son pseudo tech de Maetrik, Estornel retrouve une voix humaine et dangereusement sensuelle qu’il fait couler sur une dance ensoleillée, languide et sexy comme d’autres tournent des films érotiques à la plage. Ça s’écoute sans faim. Surtout, ça s’écoute sans fin : déjà un classique du genre et l’un des grands plaisirs même pas honteux de cette année.

C’est une rondelle toute bête qui a attiré mon attention. Au cœur du vinyle, la typographie immédiatemment reconnaissable du label new-yorkais DFA, gage de haute tenue musicale depuis que le XXIe siècle a décidé de nous donner un coup de vieux.

Le nouveau maxi du duo Benoit & Sergio (à ne pas confondre avec le merveilleux Ramon & Pedro d’Eric Morena, le Luis Mariano ch’ti) paraît comme le précédent, Boy Trouble, sur le fameux label de James Murphy et Tim Goldsworthy et ferait presque oublier que le groupe du premier, LCD Soundsystem, a jeté l’éponge après une trop courte mais riche carrière. La tristesse serait de mise si l’aventure n’avait servi à rien. Mais face à la réussite sur disque (mais aussi sur scène en ce qui concerne Matthew Dear, producteur électro devenu bébête de scène) et au bonheur que procure ce maxi deux titres, Principles / Everybody , force est de constater que le groupe n’a pas prêché l’amour de la techno, de la new-wave et du funk robotique dans le désert.

Après un single sur le label du trop méconnu Bruno Pronsato (What I’ve Lost) puis les mythique Midnight People et Let Me Count The Ways chez Ghostly International, (label de Detroit et maison de… Matthew Dear, comme on se retrouve), le duo qui évolue entre Washington et Berlin publie ce maxi bien dans l’air de 2011. A la fois chanté, dansant, sexy, drôle et varié, il parlera autant aux fans des Talking Heads qu’au clubber en mal de BPM. Benoit & Sergio racontent des histoires sur de véritables bêtes de concours sur dancefloor et c’est sans doute ce qui séduit le plus chez eux. Sans parler d’un humour plutôt bienvenu rien qu’à en juger par le titre de leur Where The Freaks Have No Name paru sur Visionquest. Un peu d’humanité et de rigolade dans ce monde de beats, qui s’en plaindra ?

BONUS : Mix impeccable pour le toujours pertinent magazine XLR8R


Andy Stott produit sa musique électronique comme d’autres s’engagent dans l’humanitaire : peu de moyens mais une foi inébranlable doublée d’une générosité sans failles. Avec ça, on abat des montagnes. Sa musique à lui les construit. Plus précisément, son nouvel album Passed Me By élève une succession de sept longues dunes synthétiques qui finissent par se perdre à l’horizon. Entre house minimale et electro dub à la Berlinoise, ce vétéran méconnu de la scène techno british des années 2000 signe là une œuvre capitale du genre, grise et lumineuse à la fois, froide mais ethnique par endroits, abstraite et pourtant pleine d’humanité, l’un des plus beaux moments de musique électronique produits depuis longtemps.

Cette anti-dance organique semble propulsée par un coeur qui vibrerait depuis les entrailles de la terre pour lui injecter un sang d’encre. Il dresse ainsi un cousinage avec le sombre Londonien Shackleton dont on a encore en mémoire l’impressionnant set métallo-dubstepo-industriel du récent festival lyonnais Nuits Sonores.

Passed Me By, album hypnotique et aquatique, à l’image de ses infrabasses capables de forer des puits de pétrole. Il sort sur son propre label « Modern Love », clin d’œil sûrement appuyé au titre poppy de Bowie. Sans vouloir jouer les rabat-joies et quitte à rendre hommage au Thin White Duke, « Low » aurait un peu mieux fait l’affaire.

 

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