De la house locale en pagaille, un revenant du Ghana sorti de sa retraite, de la chaleur qu’on appellerait ici canicule, des friches en folie, du clubbing très bon esprit, un Motor City Drum Ensemble épatant et un set de folie des Irlandais de Bicep, voilà ce qu’on a retenu de la treizième du festival de Thessalonique qui s’est tenue du 14 au 17 septembre 2017.

Reworks1(Photo Alexandros Oikonomidis)

« Crisis? What crisis? », peu s’en souviennent mais c’était le nom d’un album des barbus anglais prog-pop de Supertramp en 1975. Sur la pochette, un type en maillot de bain sirotait un cocktail sous un parasol, allongé sur un transat, devant une friche industrielle grisâtre dont les cheminées crachent la fumée. Le festival Reworks à Thessalonique, c’est tout ça à la fois mais dans le désordre. En débarquant de France ce week-end de mi-septembre, les 35 degrés à midi donnent effectivement envie de passer sa vie en maillot de bain, à siroter un cocktail sous un parasol, allongé sur un transat. Sauf que dans la deuxième ville de Grèce, c’est la treizième édition du festival électro qui démarre, et qu’il est impossible de planter le moindre parasol vu que le front de mer offre une immense promenade mais zéro sable et zéro moyen de piquer une tête. Quant aux friches industrielles, elles vont être mises à l’honneur mais c’est plus la fumée des clubbers en feu qu’elles vont devoir évacuer. Côté crise, mieux vaut ne pas en parler aux Grecs ici présents, festivaliers qui ont plus la tête à s’éclater et profiter de leur ticket d’entrée. Si on ne livestreame pas le festival et que personne ne doit donc faire gaffe aux descentes de caméras qui vous décapitent, c’est parce que le Grec vit majoritairement dehors où l’on compte environ un bar par habitant, et que l’idée même de créer un dancefloor face à son ordinateur ferait le même effet qu’une marée noire sur une plage d’Antiparos.

Flyers

De la toute première soirée de jeudi au Geni Hamam, on retiendra surtout qu’il a fait chaud, très très chaud. Non pas parce que ce club garde encore les effluves de l’ancien hammam ottoman que ses murs abritaient il y a des siècles mais parce que le public s’y presse déjà en masse et que Matt Black, moitié du duo Coldcut et boss du label Ninja Tune, s’amuse comme un foufou à l’électrocuter de classiques électro hip-hop. Une première soirée d’échauffement qui brûle déjà les pattes.

Le lendemain, c’est plutôt par un rafraichissement qu’il faudrait démarrer mais c’est pourtant en extérieur, en plein centre-ville, qu’une scène est installée et que des DJ du cru se succèdent. Au départ devant leurs potes, à la fin, sur le coup des 23 heures, avec une petite foule qui lève les bras aux ciels. Entre temps, une bijouterie et les commerces à côté sont tous restés ouverts sans crainte. Bon esprit même si on sait pas le dire en grec. Changement de décor pour le reste de la nuit quand Reworks investit le Brick33, une ancienne tannerie reconvertie en club à deux scènes, située dans une zone industrielle. Des deux côtés, on reprend avec la house plus ou moins typique qu’affectionnent les DJ grecs, c’est pas désagréable, d’autant que la programmation monte en gamme au fur et à mesure que l’heure tourne. Après Sera J dans une house orthodoxe, un autre Grec, Senka, envoie un peu plus costaud. Quant à la suite, le Portugais Trikk passe aux platines, la patte de son label Innervisions se pose sur la scène Warehouse : de la techno classe, aux basses sensuelles et métalliques, saupoudrées de rythmiques tribales. Des vingtenaires aux quadras, ça se dandine dans la salle, surtout qu’à côté, Senka bourinne comme un malade. La scène Club monte en température, à se demander s’il ne bosse pas pour un labo de Corée du Nord. Ou pour les chaudières ELM ? Ou pour des climatiseurs ?

Reworks2(Photo Alexandros Oikonomidis)

Pas le temps de lui poser la question mais il aura bien préparé les passages de Ben Clock et Dixon, les deux héros attendus de la soirée par un public (relativement) sage où les tempes grisonnantes n’ont pas peur de se sortir de chez elles, où le format hipster de Paris 10e (casquette, chemise à carreaux, fixie) est quasi absent. Sous les 25 degrés de la nuit grecque, on voit de tout, du tatoué sympa en marcel et bermuda autant que de la chemisette repassée ou du faux polo british. De la moustache, oui, mais aussi du rasage de près et de la coupe gominée. Globalement, le clubber se fout de son apparence comme de sa première brochette sachant que la casquette sert dans ce pays à se protéger des insolations, survivant parfois à la nuit pour un look oscillant entre Limp Bizkit et Kompakt.

Avec sa bougeotte habituelle, Reworks revient le samedi soir dans notre zone industrielle mais cette fois, en investissant une ancienne brasserie de bière, la fameuse Fix qui donne son nom au Complex Fix, friche où sont installées trois scènes en intérieur et une plus petite en extérieur. C’est clairement la grosse nuit du festival, la plus attendue, qui occasionnera des sets inaccessibles car victimes de la popularité de noms tels Paul Kalkbrenner, Solomun, Recondite et même Adriatique, duo suisse de l’excellent label Diynamic. Pas grave car il y a de quoi s’occuper en face.

Par exemple et surtout, avec le seul groupe live du week-end, Ata Kak, une bande réunie autour de Yaw Atta-Owusu, chanteur ghanéen auteur d’un unique album sorti en cassette dans les années 90. Une aubaine pour le digger Brian Shimkovitz d’Awesome Tapes from Africa qui a retrouvé la bande et le bonhomme, a ressorti la première et a poussé le second à revenir sur scène en l’entourant d’un groupe. Autant dire que face à la techno au marteau pilon de Kalkbrenner, le groove funk de sa formation qui sert son rap antédiluvien met le cœur à la même température que le front qui dégouline. On pense aux prémices du hip-hop, à un Tom-Tom Club né dans la brousse, à la musique quand elle s’offre dans toute sa générosité. A un moment son groupe se barre et Atta-Owusu interpelle le public (« You club, I rap! ») et le voilà parti à rapper solo comme un bon petit diable. Merci les échanges culturels et les voyages.

Ata Kak(Ata Kak / Photo Alexandros Oikonomidis)

Autre découverte inattendue, la disco solaire speedée de G-Ha, producteur norvégien et âme des soirées Sunkissed d’Oslo. Solaire mais ça et là obscurcie par des nuages new-wave, ça valait le déplacement comme dirait Delphine Batho. A ce stade de la compétition, vu que ça sert à rien de jouer le suspense et qu’on risque juste de vous perdre, autant passer à la grosse claque personnelle de la soirée : le duo irlandais Bicep, qui, loin de son album parfois convenu, a livré un set généreux, euphorique et transportant. Une heure et demie de pure beauté house qui n’a pas manqué d’évoquer la première fois qu’on goutait sur scène à Disclosure avant que ça ne parte en sucettes interdites aux diabétiques. Un retour aux fondamentaux du genre où il n’y a nul besoin de voix vu que les synthés se chargent de chialer à leur place.

Bicep(Bicep / Photo Alexandros Oikonomidis)

Leur set permet aussi de confirmer qu’ici, la fumée ne sort pas des cheminées comme chez Supertramp mais de la bouche des fumeurs car la loi les y autorise en intérieur, ce dont ils ne se privent donc pas en roulant un maximum vu que le paquet coûte ici un, voire même deux bras. Car quoiqu’ils en disent, la crise est encore là et bien là. Le salaire moyen plafonne autour de 500 euros par mois pour des prix souvent comparables et pourtant, on discute avec des festivaliers et les réponses concordent : la crise est psychologiquement derrière à défaut de l’être matériellement. Et ce n’est surtout pas en se privant de sorties, de fêtes et de clubs que le moral s’arrangera. Alors on fait des choix. « Beaucoup de jeunes vivent longtemps chez leurs parents, ou se mettent sous le même toit très tôt » explique Kosmas Efremidis, patron du légendaire disquaire Stereodisc. Il prend ainsi à témoin un jeune couple présent dans sa boutique s’abrite depuis 1968 à l’ombre des arcades en plein centre-ville à deux pas de la mer, comme si New Rose trônait depuis trente ans sur la Croisette de Cannes. « Ils travaillent tous les deux mais touchent de très bas salaires. Pourtant, ils ont pris des billets à 45 euros pour Reworks car en deux soirs, ils verront 10 artistes. Et ça, même s’ils ont des problèmes pour les acheter, car c’est un besoin pour eux. En revanche, ils ne retourneraient pas à un autre festival le mois prochain s’il y en avait un. Il faut dire que Reworks est un peu le seul festival électronique dans les Balkans, avec Resonate à Belgrade ». Notre jeune couple lui achète alors le vinyle d’Enter the Wu-Tang (36 Chambers) du Wu-Tang Clan à 15 euros. « J’imagine que comme beaucoup d’autres jeunes, ils doivent plutôt faire des économies sur les frais de santé… »  Et Kosmas d’expliquer que dans un bar de la ville, aucun serveur ne vous chassera de l’après-midi si vous ne consommez qu’un café ou une bière. Et que ce sera plus rentable que de rester chez soi avec la clim’ à fond.

Stereodisc record shop.JPG

« Bien sur la crise a tout affecté en Grèce mais plein de créatifs gardent de l’énergie ajoute Kiki Arampatzi alias ArKI, DJ de la ville croisée après son set en plein air du samedi soir. Quand tu aimes la musique, plus rien n’a d’importance, tu vis ton truc. ça fait douze ans que je joue et j’ai vu plein de changements mais il y a du sang nouveau sur la scène club. La musique ne semble pas affectée négativement ». La ville non plus d’ailleurs, une cité étendue dont le centre-ville a des airs d’immense station balnéaire toute fraiche, un coup de neuf, des balcons 60’s à gogo, et un plan en angle droit qui s’expliquent par un grand incendie qui a ravagé la ville en 1917. Mais immeubles récents ou vestiges d’un lointain passé, rien ne semble épargné par les tags et graffitis qui salopent tout et en même temps, serviraient de cadre à de belles block parties. « Il y a une très grosse scène hip-hop underground confirme Kosmas, avec plein d’artistes et des concerts complets. Eux comme leur public sont à fond dans le graffiti comme moyen d’expression ».

Graffitisi

Pas de graffiti pour le dimanche où Reworks se clôture en fin d’après-midi sur la terrasse d’un grand hôtel, autour d’une piscine et d’une vue à 360° sur la ville, le port et la baie. Il fait beau, il fait chaud, et deux DJ grecs vont s’employer à faire lever les premiers arrivants de leurs transats. Alors que le soleil décline, c’est au Lyonnais Pablo Valentino de lancer sa machine à groover qui tape dans tous les coins de sa discothèque de malade, cochant les cases house, électro-funk, jazz et Amérique du Sud.

MCDE(Motor City Drum Ensemble / Photo Alexandros Oikonomidis)

A la suite, son compère Danilo Plessow alias Motor City Drum Ensemble enchaîne pour trois heures d’un mix tout aussi éclectique qui puise bien sûr dans ses obsessions pour Detroit mais aussi dans la no et la new-wave comme ce « I Zimbra » des Talking Heads qu’on ne manquera pas de ressortir lors d’un prochain mariage. Tout comme le t-shirt à touristes qui préfère se foutre fièrement de la crise et qu’il aurait peut-être fallu acheter. Et porter ? On va pas pousser non plus. Et écouter Supertramp tant qu’on y est ?

((Crisis.jpg)) PB

Crisis

 

Vous vous disiez « ah ben ça fait longtemps qu’il nous a pas parlé de Hot Chip celui-là« . Et vous aviez  raison. Et ça ne pouvait pas durer. Normal, et je vous l’ai déjà dit ici (pas de ma faute si vous ne suivez pas ou que vous perdez votre temps avec des niaiseries sous Lexomil à la Alt-J), Hot Chip est un des groupes les plus importants de notre époque. Car il la symbolise et la synthétise, avec des synthétiseurs de surcroit. Mais surtout, il la singularise à travers tous les projets parallèles de ses membres dont je parlais aussi là : New Build et 2 Bears. Et voilà où je voulais en venir : le label Greco-Roman, fondé par Joe Goddard, le jovial barbu rouquin, et ses amis Alex Waldron et Dom Bastyra. Basé à Berlin, il a entre autres publié les premiers singles du formidable Totally Enormous Extinct Dinosaurs. Et bien sûr, les disques solo de Joe Goddard himself. Puis très récemment, le single Sunburn de l’épatant Baio.

 

 

Baio, c’est dans la vraie vie Chris Baio, bassiste du groupe Vampire Weekend, indie rockers de Brooklyn devenus hipsters en se fringuant comme Johnny Clegg. Drôle d’époque me direz-vous. Oui, d’autant que son Sunburn EP est comme son nom l’indique un super coup de soleil electro house qui vous lâche au dessus d’Ibiza sans parachute : grisant, entêtant et presque sans fin. Les deux autres titres du EP restent à cette altitude, avec un Matias Aguayo toujours envoutant sur le Tanto de fin. A suivre et à confirmer. Ce qu’a déjà fait l’autre grande révélation de Greco-Roman : Disclosure.

 

 

Disclosure, c’est deux frères, Guy et Howard Lawrence, même pas 20 balais, et déjà quatre singles paradisiaques au compteur depuis leur soulful Offline Dexterity sorti en 2010. Allez, voilà Tenderly, paru au début de cette année.

 

 

C’est pour son tout nouveau The Face EP que Disclosure a rejoint Greco-Roman qui devrait définitivement sortir les frangins de l’ombre. Quatre titres d’une fusion house qui ne dit jamais non aux avances du dubstep, gaie comme un Italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin. Vérifiez la température de votre ordinateur avant de lancer tout ça, ça risque de chauffer. Mais avec des Grecs et des Romains, vous vous attendiez à quoi les cocos ?

 

 

 

 

Hier soir jeudi, c’est après un concert un tantinet décevant de Totally Enormous Extinct Dinosaurs dont j’ai défendu le formidable premier album dans le numéro de juin des amis de Tsugi qu’il a fallu se rendre à l’évidence : la nuit ne pouvait s’arrêter là. Direction donc le festival ME.006 RENDEZ-VOUS qui se tient au Cabaret Sauvage jusqu’à dimanche 1er juillet. A l’affiche hier : Kate Wax, Fairmont, Nathan Fake et James Holden. L’énorme set de ce dernier, à la fois prenant, surprenant, et loin des clichés véhiculé par cette école electro anglaise dite progressive,  m’a rappelé à quel point j’aimais toujours son label, Border Community. Et qu’à cette soirée en manquait un représentant majeur : Luke Abbott.

Oui mais voilà, si le producteur du Norfolk sort ces jours-ci un nouveau EP 5 titres, c’est chez Notown, label de Gold Panda. Pourtant, ce Modern Driveway se serait tout autant accommodé d’une sortie chez ses amis tant son electro dansante reste fidèle à ses productions et dans la lignée de ses excellents maxis de 2011, Brazil et Trans Forest Alignment. Pas de révolution donc, juste une electro rêveuse et fantasque qui aurait pu nous emmener jusqu’au bout de la nuit. A part qu’au bout de cette nuit, nous y sommes de toute façon allés, et sans lui.

 

 

 

Alors oui il ne s’est pas passé grand chose sur ce blog depuis presque un mois. La faute à des occupations prenantes (des festivals, le contrôle technique de la Fuego, le foot, tout ça quoi) mais aussi à une actualité musicale moins excitante que durant les mois précédents. Face à la demande générale, il fallait donc revenir, d’autant que personne n’a aussi brillamment occupé le terrain. Et qu’un de mes groupes préférés a ressurgi sans crier gare. Groupe de l’ombre, ce groupe est un groupe d’ombres : Tropic of Cancer.

Avec son nouveau EP trois titres, Permissions of Love, le duo de Los Angeles poursuit dans la veine froide, industrielle et répétitive qu’il suit depuis 2009 et son premier single, The Dull Age / Victims qu’on retrouve sur leur album compilation The End of All Things. Tropic of Cancer, c’est avant tout l’artiste Camelia Lobo aidée du musicien Juan Mendez, connu comme producteur sous le nom de Silent Servant et au sein du collectif techno Sandwell District. Mais avec Tropic of Cancer, pas question de danser, ou alors avec les zombies de The Walking Dead. Pochettes sinistres comme aux premiers jours de Factory Records ou 4AD, boites à rythmes désespérantes, basses répétitives comme pendues au bord d’un canal : on croirait un Suicide sous Valium ou un Sunn 0))) enfin dans la parité homme / femme.

Be Brave demeure l’un des singles marquants de 2011 et certainement la meilleure porte d’entrée à l’univers sombre de Tropic of Cancer, avec aussi Temporal Vessels, titre extrait de leur EP The Sorrow of Two Blooms.

Puisqu’on parle nouveautés, voici deux extraits du nouveau EP Permissions of Love. Tous les nostalgiques de la vague cold industrielle des années 80, du All Cats Are Grey de The Cure et en même temps, allergiques aux sorcières à la Zola Jesus devraient y trouver leur bonheur. C’est post-punk, c’est sombre, c’est revival tout ce que tu veux, mais leurs chansons sont dans le genre ce qui s’est fait de plus fascinant depuis le nouveau siècle.

En prime un mix de plus d’une heure realisé par Tropic of Cancer où se croisent Oneohtrix Point Never, Julee Cruise et The Cure. Plus cold t’es un esquimau. En même temps avec eux, faut pas plaisanter avec ça.

Bon les gars, je sais que la vie est dure et que vous n’avez pas que ça à faire mais ce serait bien de se remuer un peu les méninges pour trouver des noms qui claquent. Je sais pas moi, d’ailleurs c’est pas mon boulot, mais dans le temps on avait des Aphex Twin, Circlesquare, Squarepusher, même Fatboy Slim, ça avait de la gueule. Alors si vous avez des noms à la ville tout pourris qui faisaient rire à l’école, je comprends que vous preniez un pseudo. Mais par pitié, arrêtez avec les XXYY, BVDUB, The XX, 2562, oOooO, Alt-J et compagnie. Ou alors on vous retire vos claviers et vous vous remettez à la craie et l’ardoise. Celui dont il est question ici s’appelle XXYYXX et il semble avoir choisi ce nom pour ses possibilités visuelles au vu de ses jolies pochettes.

Il a 16 ans et s’appelle en réalité Marcel Everett, même que Marcel Everett c’était très bien comme nom, faudrait lui dire. Il vit à Orlando en Floride, ville inexistante où l’on compte plus de dauphins dans les parcs d’attraction que d’habitants. D’ailleurs il n’y a même pas la mer à Orlando. Dans sa chambre, il construit des fondations hip-hop pour faire rapper ses voisins dauphins, une electro mélancolique à la fois pleine de visions de joie contenue et de moments de belle tristesse. Son nouveau mini-album, Mystify, suit de près son deuxième album  XXYYXX  après un tout premier paru l’été dernier, Still Sound. Pas vraiment witch house (en dépit de l’esthétique goth) ni trop chillwave (malgré le bricolage fait maison) pour utiliser des termes du néolithique de 2011, son électronique se fait parfaitement abstraite mais à dimension humaine, immédiatement préhensible, le tout sur un label du coin, Relief in Abstract.

 

Et de toute façon, un gars qui appelle un de ses morceaux Bill Gates peut compter toute sa vie sur ma sympathie indéfectible.

Qui a dit que le dubstep était un genre britanno-britannique ? L’Anglais Antony Williams alias Addison Groove (qui prend parfois aussi le surnom de Headhunter) prouve brillamment le contraire, avec son album Transistor Rhythm qui parait sur le label des Allemands de Modeselektor, 50 Weapons. Aphex Twin, Villalobos ou Mr Scruff en sont déjà fans. Au-delà de ces noms, c’est aussi la marque d’un grand éclectisme et d’une capacité de rassemblement des fans de tous bords dont Antony Williams fait preuve.

En 2010, c’est le hit Footcrab qui le fait connaitre, single entêtant qui invite à danser en club comme un crabe.

A travers son processus de mondialisation du dubstep, son premier album semble croiser les racines du genre avec d’autres forces electro en présence sur le continent américain : hip-hop pur et dur, techno crado et ghetto house propulsée par des polyrythmies afro. Pour botter les fesses et les remuer, rien de tel qu’une apparition des vicelards du groupe Spank Rock sur deux titres qui hésitent entre fusion et fission, Bad Things et Beeps.

Sur d’autres morceaux, il tourne le dos à cette délicieuse vulgarité pour une électronique qui part tous azimuts. Vos enfants ne vous croiront pas quand vous leur raconterez qu’en 2012, vous avez vécu ça. Et même que c’était sale mais que c’était bien bon.


Son nouvel album s’appelle Lifetime of Romance. A quelques lettres près, on tombait sur Systems of Romance, comme chez Ultravox. Le premier morceau démarre même comme le vieux tube de Visage, Fade to Grey. Pourtant, dès que Dylan Ettinger se met à chanter, ses vieux démons de l’expérimental lui resserrent le kiki. Voix écorchée, martiale et aigue, si on est dans les années 80, c’est plus dans l’electro industrielle rasée de près que dans la pop néo-romantique des garçons coiffeurs. Après de nombreuses cassettes et une poignée d’albums, Lifetime of Romance amorce bel et bien un virage pop bienvenu qui devrait enfin sortir notre nerd américain des voix impénétrables de l’underground américain.

C’est dans la jolie petite ville étudiante de Bloomington, Indiana, que vit Ettinger au milieu de tous ses synthés. Le jeune binoclard y produit de drôles de paysages lunaires où une pluie d’astéroïdes vont tombent vite sur la caboche. Hébergé par Not Not Fun Records (Peaking Lights, Maria Minerva, Pocahaunted, Holy Strays…), fantasque label indépendant de Los Angeles qui n’a pas peur de marier bizarreries électroniques et psychédélisme, Ettinger y cultive sa différence de façon prodigieusement radicale. Un jeune qui a repris le cultissime Being Boiled de The Human League sur son excellent single de 2011 Lion of Judah touche forcément au génie.

Sur Lifetime of Romance, Ettinger ne va pas rassurer la ménagère de plus de cinquante ans mais celle-ci lui confiera peut-être plus facilement les oreilles de sa fille. A l’image du premier extrait, Wintermute, l’album dégage en tout cas une singularité et une capacité d’envoutement rarement réunies sur une seule œuvre cette année.  Il est à la fois Vangelis et Kraftwerk à lui tout seul. L’une de ses grandes cassettes à écouter une fois que vous vous pencherez sur son œuvre s’appelle Interstellar Pleasures et franchement, j’aurais pas dit mieux. D’ailleurs, j’y retourne.

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