Bon les gars, je sais que la vie est dure et que vous n’avez pas que ça à faire mais ce serait bien de se remuer un peu les méninges pour trouver des noms qui claquent. Je sais pas moi, d’ailleurs c’est pas mon boulot, mais dans le temps on avait des Aphex Twin, Circlesquare, Squarepusher, même Fatboy Slim, ça avait de la gueule. Alors si vous avez des noms à la ville tout pourris qui faisaient rire à l’école, je comprends que vous preniez un pseudo. Mais par pitié, arrêtez avec les XXYY, BVDUB, The XX, 2562, oOooO, Alt-J et compagnie. Ou alors on vous retire vos claviers et vous vous remettez à la craie et l’ardoise. Celui dont il est question ici s’appelle XXYYXX et il semble avoir choisi ce nom pour ses possibilités visuelles au vu de ses jolies pochettes.

Il a 16 ans et s’appelle en réalité Marcel Everett, même que Marcel Everett c’était très bien comme nom, faudrait lui dire. Il vit à Orlando en Floride, ville inexistante où l’on compte plus de dauphins dans les parcs d’attraction que d’habitants. D’ailleurs il n’y a même pas la mer à Orlando. Dans sa chambre, il construit des fondations hip-hop pour faire rapper ses voisins dauphins, une electro mélancolique à la fois pleine de visions de joie contenue et de moments de belle tristesse. Son nouveau mini-album, Mystify, suit de près son deuxième album  XXYYXX  après un tout premier paru l’été dernier, Still Sound. Pas vraiment witch house (en dépit de l’esthétique goth) ni trop chillwave (malgré le bricolage fait maison) pour utiliser des termes du néolithique de 2011, son électronique se fait parfaitement abstraite mais à dimension humaine, immédiatement préhensible, le tout sur un label du coin, Relief in Abstract.

 

Et de toute façon, un gars qui appelle un de ses morceaux Bill Gates peut compter toute sa vie sur ma sympathie indéfectible.

Qui a dit que le dubstep était un genre britanno-britannique ? L’Anglais Antony Williams alias Addison Groove (qui prend parfois aussi le surnom de Headhunter) prouve brillamment le contraire, avec son album Transistor Rhythm qui parait sur le label des Allemands de Modeselektor, 50 Weapons. Aphex Twin, Villalobos ou Mr Scruff en sont déjà fans. Au-delà de ces noms, c’est aussi la marque d’un grand éclectisme et d’une capacité de rassemblement des fans de tous bords dont Antony Williams fait preuve.

En 2010, c’est le hit Footcrab qui le fait connaitre, single entêtant qui invite à danser en club comme un crabe.

A travers son processus de mondialisation du dubstep, son premier album semble croiser les racines du genre avec d’autres forces electro en présence sur le continent américain : hip-hop pur et dur, techno crado et ghetto house propulsée par des polyrythmies afro. Pour botter les fesses et les remuer, rien de tel qu’une apparition des vicelards du groupe Spank Rock sur deux titres qui hésitent entre fusion et fission, Bad Things et Beeps.

Sur d’autres morceaux, il tourne le dos à cette délicieuse vulgarité pour une électronique qui part tous azimuts. Vos enfants ne vous croiront pas quand vous leur raconterez qu’en 2012, vous avez vécu ça. Et même que c’était sale mais que c’était bien bon.


Son nouvel album s’appelle Lifetime of Romance. A quelques lettres près, on tombait sur Systems of Romance, comme chez Ultravox. Le premier morceau démarre même comme le vieux tube de Visage, Fade to Grey. Pourtant, dès que Dylan Ettinger se met à chanter, ses vieux démons de l’expérimental lui resserrent le kiki. Voix écorchée, martiale et aigue, si on est dans les années 80, c’est plus dans l’electro industrielle rasée de près que dans la pop néo-romantique des garçons coiffeurs. Après de nombreuses cassettes et une poignée d’albums, Lifetime of Romance amorce bel et bien un virage pop bienvenu qui devrait enfin sortir notre nerd américain des voix impénétrables de l’underground américain.

C’est dans la jolie petite ville étudiante de Bloomington, Indiana, que vit Ettinger au milieu de tous ses synthés. Le jeune binoclard y produit de drôles de paysages lunaires où une pluie d’astéroïdes vont tombent vite sur la caboche. Hébergé par Not Not Fun Records (Peaking Lights, Maria Minerva, Pocahaunted, Holy Strays…), fantasque label indépendant de Los Angeles qui n’a pas peur de marier bizarreries électroniques et psychédélisme, Ettinger y cultive sa différence de façon prodigieusement radicale. Un jeune qui a repris le cultissime Being Boiled de The Human League sur son excellent single de 2011 Lion of Judah touche forcément au génie.

Sur Lifetime of Romance, Ettinger ne va pas rassurer la ménagère de plus de cinquante ans mais celle-ci lui confiera peut-être plus facilement les oreilles de sa fille. A l’image du premier extrait, Wintermute, l’album dégage en tout cas une singularité et une capacité d’envoutement rarement réunies sur une seule œuvre cette année.  Il est à la fois Vangelis et Kraftwerk à lui tout seul. L’une de ses grandes cassettes à écouter une fois que vous vous pencherez sur son œuvre s’appelle Interstellar Pleasures et franchement, j’aurais pas dit mieux. D’ailleurs, j’y retourne.

Elle est sibérienne, belle comme un bloc de glace et jusque-là, recouvrait les bons clubs (Panorama de Berlin, Fabric de Londres) de la lave de sa techno en fusion. Elle s’appelle Нина Кравиц mais je préfère vous la présenter sous le nom de Nina Kraviz. Le vendredi, vous pouvez la croiser derrière les platines du Propaganda à Moscou. Sinon, depuis 2009, cette DJette et productrice a aussi sorti une poignée de maxis particulièrement captivants (Pain in the Ass, I’m Week) sur le label Rekids des Britons de Radio Slave, sur le label Naïf de l’Allemand Efdemin, sans oublier un single en ping-pong avec Sascha Funke sur BPitch Control.

 

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Entre electro dark et tech minimale chantée, la petite Kraviz est depuis 2009 une fille qui apporte du sang neuf au genre. Sur son premier album tout bêtement intitulé Nina Kraviz  – toutes les preuves de mon enquête tendent à prouver que cette femme est restée extrêment simple au fond  –  tout juste sorti, elle assume de tourner le dos à la facilité. Exit les bombasses de singles qui ont fait sa réputation, tout juste y reprend elle le Ghetto Kraviz sorti fin 2011 où elle encanaille sa techno dans les bas-fonds du crunk.

Sur son album, pas d’usine à tubes : Nina Kraviz livre quatorze titres pour un résultat profond, dansant et vagabond qui en fait déjà l’une des fortes têtes tech à suivre cette année. Et pas juste parce qu’elle a grandi à Irkoutsk même s’il affirme une identité unique qui prend forcément sa source dans ses origines. Et le premier qui lui pose une question sur Lenny a droit à une baffe.

 

 


BLOUSE, fragile mais émouvante formation américaine de pop synthétique neurasthénique signée sur Subpop. De la Surpop en réalité.

Le week-end dernier, mission accomplie sur l’édition 2012 de la Route du Rock Hiver à Saint Malo avec les amis d’Arte Live Web pour raconter sur leur super site mon journal du festival :

JOUR 1 (VENDREDI 17 FEVRIER)

JOUR 2 (SAMEDI 18 FEVRIER)

Vu que Cannes remet ses Palmes, je me suis dit qu’il fallait que je décerne des Tubas à Saint Malo, juste par un palmarès qui clôture ici tout ce qui a déjà été montré et raconté sur le site tout en son et lumière de la chaîne franco-allemande.

Tuba d’or : Baxter Dury

Tuba du short en jean : Blouse

Tuba du béton armé : The Men

Tuba d’honneur “j’aurais moi aussi pu sortir avec Gwyneth mais j’ai des chansons à écrire” : Caveman

Tuba claudiquant sur le dancefloor : Get A Room!

Tuba spécial à ceux qu’on a pas vus mais qu’on a vus au Pulp, au Rex, et ailleurs plus que tous les autres artistes réunis : Scratch Massive.

Honneur au Tuba d’or avec son concert en intégralité sur  Arte Live Web :

http://download.liveweb.arte.tv/o21/liveweb/flash/player.swf?appContext=liveweb&eventId=3251&mode=prod&priority=one&embed=true

Il n’est jamais trop tard pour succomber aux sirènes des musiques électroniques. Surtout quand vous êtes américain. Notre homme a grandi à Washington où il a été guitariste du groupe punk hardcore Black Eyes qui s’est fait remarquer sur le légendaire label Dischord. Il a ensuite obliqué vers le disco post-punk avec le duo Mi Ami et dans l’electro en solo avec Sex Worker qui sortit deux albums sur Not Not Fun. Daniel Martin-McCormick revient tout seul sous une peau toute neuve et un blaze qui claque : Ital.

Il semble cette fois prendre sa nouvelle vie très au sérieux, à tel point que le premier album d’Ital parait sur le non moins sérieux label Planet Mu, généralement habitué aux expérimentations en tous genres, aux fortes têtes mais sans prise de tête. Avec Hive Mind, Martin-McCormick se fout pas mal des formats en livrant un album de cinq morceaux mais qui dépasse allègrement les 40 minutes. Autant dire que certaines de ses plages s’étirent jusqu’au soleil couchant, donnant à sa house hypnotique une sensation d’infini qui avait disparu du format album. Il est Ital. Eh ben franchement, qu’il le reste.

 

 

 

 

Et le clip d’un de ses singles de 2011, Only for Tonight

Bon là ça va commencer à ressembler à une blague. La semaine dernière je m’excite sur les 2 Bears en me disant que l’affaire est pliée, qu’on n’entendra plus parler de Hot Chip jusqu’à la sortie de leur cinquième album. Patatras… Voilà que déboule New Build. New Build ? Ben il fallait s’y attendre. Que vouliez-vous qu’il arrive pendant que Joe Goddard et Alex Taylor multipliaient les projets ? Les autres s’y sont mis aussi….

Profitant de leurs accointances avec le label DFA (LCD Soundsystem, James Murphy, The Juan McLean, The Rapture et compagnie) qui publie Hot Chip aux Etats-Unis, les deux patates Felix Martin et Al Doyle se sont acoquinées à Tom Hopkins, ingénieur du son de la maison new-yorkaise. Neo disco pop funk synthétique : ça fait déjà beaucoup et j’en dis pas plus. Le groupe a publié à l’automne son premier single, Misery Loves Company. Suite au prochain épisode avec l’album. Rien qu’avec ces insatiables chips, sûr qu’on ne va pas s’ennuyer en 2012.

Sampler 5 titres de l’album Yesterday Was Lived And Lost à paraitre début mars.

Bon Pitchfork vient d’en parler mais à la fois on s’en fout. Ce week-end j’avais autre chose à faire (dormir, ce genre de trucs) et Pitchfork, c’est en anglais. Tout ça pour en venir à John Talabot, dont l’album electro éclabousse du talent de son auteur et de sa beauté ce début février tout cold. John Talabot est un DJ et producteur house de Barcelone qui a sorti une poignée de maxis avant ce coup de maitre qui parait sur le label munichois Permanent Vacation que je pensais en retraite anticipée. Les puristes de la syntaxe ne m’en voudront pas si je ne cède pas aux coquetteries de la pochette en écrivant John/Talabot “John Talabot”, et le nom de son album Fin au lieu de ƒIN.

Plus important, on se souvient de son nom derrière les remix de Find A Way de notre Joakim, du Shelter de The XX et de singles de Shit Robot et Tahiti 80. Ses débuts à lui remontent à 2009, avec les singles My Old School et surtout, Sunshine.

Avec Fin, Talabot a réussi un album de house qui ne sonne ni acid, ni rave, ni rétro, ni futuriste, ni rétro-futuriste – et encore moins nu-rave. Le gars a pris la chose là où quelques fainéants l’avaient laissée pour la propulser à sa sauce piquante dans une sphère fascinante, sans répétitions ni lourdeur, mais au contraire avec grâce et sens de la mélodie, comme chez ses amis londoniens de Border Community. On est loin de la deep au kilomètre, même si l’adjectif deep collerait parfaitement à Fin mais pour d’autres raisons. “Un nouveau Booka Shade ?” suggère de façon pas idiote du tout le quotidien The Guardian. Talabot rentre d’entrée dans la cour des très grands. Avec des minitubes, et un vrai album, ce qui n’est jamais gagné pour le genre. Et ça, c’est pas Pitchfork qui vous le dit.

Destiny feat. Pional

So will be now… (feat. Pional)

 

ET UN MIX TOUT CHAUD REALISE POUR FACT

Il y a quelques mois, je serinais mon monde avec les projets solo des gars de Hot Chip, sinon aussi indispensables que leur groupe, au moins très complémentaires et parfaites pistes d’entrainement pour leurs courses folles au sein des patates chaudes. Et voilà que cet arbre généalogique haut comme un séquoia de Californie compte une nouvelle branche avec les passionnants The 2 Bears, deux nounours derrière lesquels se cachent deux barbus : le compositeur et chanteur Joe Goddard, et Raf Rundell, son pote du label Greco-Roman. Pour la petite histoire, les ours furent au début trois avec Joseph Mount, pas encore occupé à s’agiter avec Metronomy.  Réservoir à toutes les idées de Goddard que le rythme d’un album tous les deux ans  pour Hot Chip  ne suffit à exploiter, The 2 Bears correspond à un projet clairement taillé pour le dancefloor, influencé par la house, l’electro funk et la pop décalée. Il n’en fallait pas plus pour que le vétéran big-beat Fatboy Slim ne s’emballe et signe le duo sur son label Southern Fried.

Après trois maxis en 2011, les nounours balancent en ce mois de janvier leur premier album, Be Strong, et c’est la grande fiesta décomplexée comme seuls les Anglais savent se le permettre. Les filles y dansent en robe courte dans la nuit enneigée, les mecs s’y lancent des pintes à la figure dans un grand éclat de rires. Piano italo entêtant, mélancolie à fleur de peau d’ours, ritournelles imparables où Baxter Dury se trémousse dans un pub sur du Derrick Carter : c’est bon enfant, craquant comme un petit Ours Brun, doux comme un nounours à la guimauve. C’est la meilleure nouvelle pour démarrer l’année, d’autant qu’elle coïncide avec l’annonce d’un cinquième album de Hot Chip d’ici l’été. Que demande le peuple ? Rien, juste qu’on embrasse la Reine pour la remercier de la bonté de ses concitoyens.

Et magie de Soundcloud, l’album Be Strong

Et une sélection de leurs fantasques remixes

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